La Gazette Drouot
Coup de coeur - Suite de tapisseries de Rubens
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Un Rubens héroïque
Une série de la première suite de tapisseries de Rubens fera l’évènement à Rouen.
Histoire d’un peintre et d’un certain Decius Mus...

Adjugé 309 753 € (frais compris) (7 tapisseries).
La Mort de Decius Mus, laine, soie et fils d’or, manque la bordure, 275 x 455 cm ; appartient à une suite de cinq tapisseries de Bruxelles et de deux portières attribuée à l’atelier de Jan II Raes, début du XVIIe siècle, d’après des cartons de Pierre-Paul Rubens.
Rouen, dimanche 17 juin. Jean-Jacques Bisman SVV. Cabinet Franc de Saint Salvy.

Novembre 1616 : dans le contrat signé entre le lissier bruxellois Jan Raes, le marchand anversois Frans Sweerts le Jeune et le Génois Franco Cattaneo, Pierre-Paul Rubens est nommé pour la fourniture des cartons de deux grandes tentures destinées à des familles génoises. Le succès est au rendez-vous avant même la fin du tis­sage, en 1618. Rubens ne manque pas d’informer sir Dudley Carleton, ambassadeur d’Angleterre à La Haye, quant à l’avancement de la tenture.
Le peintre s’y montre très fier de son travail, vantant ses propres des­sins ("Cartoni molto superbi"). Par le choix du sujet de cette tenture, celui du sacrifice héro­ïque pour la Répu­blique romaine, Pierre-Paul Rubens s’inscrit dans la lignée des séries illustres, telles l’histoire de Scipion et celle de Romulus. Tirée du livre VIII de l’histoire de Rome par Tite-Live, la vie de Publius Decius Mus relate les hauts-faits d’un consul de Rome, vers 340 avant J.-C., lors de la guerre contre les Latins. Après avoir rêvé que la mort d’un consul au champ de bataille sauverait la nation, Publius Decius se sacrifie à la faveur d’un combat. Pas­sionné par cette histoire, Rubens consulte tous les ouvrages, de Valerius Maximus à Tite-Live, en passant par ceux traitant plus généralement de l’antiquité romaine. D’après les cartons conservés dans les col­lections des princes de Liechtenstein, la tenture complète se compose de six tapisseries consacrées aux aventures de Decius Mus et de deux portières, figurant les allégories de la Victoire et de la Guerre. Dans notre série, il manque la scène des Obsèques et celle de Decius Mus racontant son rêve. S’ajoute par contre un ouvrage montrant Decius et Manlius allant combattre les Latins, transposé à l’époque à partir d’un carton de Rubens initialement destiné à une autre tenture. Le succès de ce cycle ne tient pas seulement au sujet héroïque, mais au fait que Rubens propulsait ici l’art de la tapisserie dans le baroque. Un pas franchi grâce aux innovations stylistiques imposées par le peintre aux lissiers bruxellois. Ainsi émane-t-il de ces scènes une force et une puissance toutes baroques, servies par le dynamisme de la composition. De plus, les couleurs sont désormais chaudes et lumineuses, les bordures non plus divisées en scènes autonomes, mais traitées en continu d’un même motif répété en symétrie. Dernière innovation, et non des moindres : la taille grandeur nature des personnages. De quoi projeter le spectateur dans la scène, dans ce drame qui se joue sous nos yeux...
Caroline Legrand
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