La Gazette Drouot
Un fauteuil estampillé Jacob Desmalter
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L’ébéniste et l’Empereur
Estampillé Jacob Desmalter et provenant du château de Fontainebleau,
ce fauteuil a connu les plus belles heures de l’Empire. Itinéraire d’un siège d’apparat.
Adjugé 63 140 euros frais compris.
Époque Premier Empire. Fauteuil en hêtre doré et sculpté, estampillé «JACOB.D.R.MESLEE», marqué au fer «FON» aux trois fleurs de lys couronnées du château de Fontainebleau.
Dijon, dimanche 16 mai 2010.
Sadde Commissaires-Priseurs. Jean-Claude Dey.

Un fauteuil célèbre, l’estampille de l’ébéniste de Napo-léon Ier et les marques d’un château... Voici le rêve du spécialiste en mobilier ! Et notre siège rassemble toutes ces qualités de provenance et d’exécution demandées à une pièce d’exception. Tout d’abord, il s’agit de l’un des plus illustres modèles créés par la dynastie Jacob. Cette famille d’ébénistes a fait ses premiers pas dans la profession avec son patriarche, Georges Jacob (1739-1814). Devenu maître en 1765, celui-ci s’établit rapidement à son propre compte, dès la fin de son apprentissage auprès des menuisiers Jean-Baptiste Lerouge et Louis Delanois. Après être passé par la rue de Cléry, il installe son atelier rue Meslée, en 1775. Georges Jacob participa à toutes les grandes innovations stylistiques de son époque, des débuts du style Louis XVI à l’Empire, en passant par le goût étrusque. Profitant de la fin du système corporatif, abrogé par la loi Le Chapellier en 1791, le menuisier se fait ébéniste, sculpteur et même bronzier. Il peut désormais répondre à toutes les commandes du roi Louis XVI, puis de Napoléon Bonaparte. Le Premier Empire aurait pu signifier une retraite paisible pour notre homme âgé de plus de soixante ans, qui avait déjà légué en 1796 son atelier à ses deux fils aînés, mais le maître revient aux affaires suite au décès de Georges II. En 1803 naît l’association Jacob Desmalter, bien connue sous l’estampille «JACOB.D.R.MESLEE», présente sur notre fauteuil. Hélas, la collaboration du père et de son deuxième fils, François-Honoré-Georges (1770-1841), ne dura que dix années et se termina, malgré leur réputation et une liste bien fournie de clients, par une faillite. Un schéma malheureusement assez classique à une époque où les artisans avaient bien du mal à se faire payer leur travail et qui, pour tenir des délais extrêmement courts, devaient employer de nombreux ouvriers – l’atelier des Jacob comptait au début de l’Empire quelque 350 ouvriers.
"Sa Majesté veut faire du neuf et non acheter du vieux", explique-t-on pour justifier le refus de Napoléon Bonaparte d’acheter des meubles anciens, même signés Riesener. La préférence de l’Empereur va aux créations des Jacob père et fils, qui deviennent ses principaux fournisseurs. Si Napoléon privilégiait dans ses appartements privés un mobilier discret d’acajou, il exigeait de voir trôner dans ses salons d’apparat des meubles puissants, massifs et virils. Vous l’aviez deviné, notre fauteuil appartient à cette deuxième catégorie. Avec ses larges bois dorés ornés en ceinture de motifs de fleurettes à quatre pétales, son dossier renversé à montants en crosses, ses accotoirs garnis de brocart sculptés de feuilles de laurier et de feuilles d’eau, ses pieds à doubles balustres à décor de palmettes ou en sabre... Ce siège impose certes la magnificence et le respect dus à l’Empereur. D’ailleurs, les marques au fer et à l’encre présentes sous la ceinture ne sont autres que celles de la salle à manger du château de Fontainebleau. On sait que deux fauteuils de ce modèle ont été commandés à Jacob au début de l’Empire pour garnir cette pièce de réception. Sans doute étaient-ils réservés au couple impérial, le reste de la cour devant se contenter de chaises plus modestes, voire de ployants. Napoléon a tant apprécié ces fauteuils qu’il en commanda à plusieurs reprises, notamment pour sa chambre à coucher de Compiègne ou encore pour le salon du Conseil de La Malmaison. Seules quelques petites variations dans les motifs décoratifs les différencient... Les peintres officiels s’en servent également comme décor, tel le baron François Gérard dans son portrait d’Hortense Bonaparte, reine de Hollande, et de son fils commandé en 1806 par Napoléon pour le salon de famille du palais de Saint-Cloud. Emporté par le maréchal Blücher, le tableau fut acquis en 1997 par le château de Fontainebleau. Quant à notre fauteuil, il siégea dans sa salle à manger jusqu’au début de la IIIe République, avant d’en être sorti par les domaines et livré aux aléas du destin. Suite de son histoire prochainement...
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp