La Gazette Drouot
billets de banque de Lucien Jonas
À PARIS / Billet doux !
Illustrateur de livres, peintre militaire et de la Marine, Lucien Jonas fut aussi un talentueux et prolifique créateur de billets de banque. Faites vos jeux…

En 2012, la Banque de France recevait des descendants de Lucien Jonas cent quarante dessins et peintures, œuvres réalisées entre 1934 et 1946. Des projets de billets, ensuite émis pour certains – comme les célèbres cent francs Sully (1939) et Descartes (1942), cinquante francs Jacques Cœur (1941) ou le vingt francs Pêcheur (1942) –, non retenus pour d’autres. La plupart de ces modèles furent exécutés durant la décennie précédant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, le billet dont notre aquarelle constitue le projet sera imprimé du 14 janvier 1943 au 10 février 1944 – avec quelques modifications, comme la présence d’une chaine dans le coin inférieur droit, rappelant la défaite et l’occupation en 1940 –, mais ne sera jamais mis en circulation. La France a alors d’autres priorités. C’est dire combien notre feuille est une rareté numismatique… et un véritable tableau ! Une spécificité française dans un domaine dont l’âge d’or s’étend de la fin du XIXe siècle, avec la naissance de la quadrichromie, aux années 1980. Formé aux Beaux-Arts de Paris, Lucien Jonas, issu d’une famille d’industriels de la région de Valenciennes, est nommé peintre de l’Armée en 1915. On lui doit des portraits de chefs militaires (Pershing, French, Foch…) et de nombreux croquis de soldats sur le front, entre Vosges et Belgique. Portraitiste reconnu, artiste prolifique, Jonas est rompu à l’exercice du dessin sur le vif. Une qualité non négligeable en cette période de réduction du délai de création graphique des billets… Vous aimez les rébus ? Vous voilà servi avec notre aquarelle sur le thème des français illustres. C’est Colbert que Lucien Jonas a choisi de représenter, non pas en contrôleur général des Finances de Louis XIV mais en secrétaire d’État à la Marine, avec perruque et jabot de dentelle. Voulant un hommage à la flotte maritime, Jonas donne à Colbert certains traits de l’amiral Darlan, dont il réalisera d’ailleurs le portrait pour le supplément de Noël 1939 du journal L’Illustration… Pour représenter le ministre de Louis XIV, l’artiste s’inspire néanmoins du fameux buste sculpté par Coysevox, exposé au Louvre. Le grand homme tient un parchemin cacheté dans la main gauche et protège ici un globe terrestre de sa main droite, objet rappelant L’Astronome de Johannes Vermeer, lui aussi conservé au célèbre musée parisien. Si Mercure – dieu des banquiers et des voleurs – apparaît dans presque tous les billets à forte valeur faciale, Jonas choisit de prendre pour modèle la statue (visible au Louvre…) du Mercure volant de Jean Boulogne, natif comme notre artiste du nord de la France. Le vaisseau, enfin, n’est autre que le Soleil royal, dont la poupe a été dessinée par Jean Berain et dont une maquette appartient au musée de la Marine, à Paris. Si le choix des thèmes de billets revient à la Banque de France, le talent de Lucien Jonas permet de rompre avec le style académique en vigueur au début du XXe siècle, où les allégories gréco-romaines sont presque exclusivement à l’honneur. Une constante cependant : le lieu d’impression des précieux papyrus, Chamalières, en Auvergne.

jonas

Lucien Jonas (1880-1947),
500 F Colbert, aquarelle originale du recto, 1939, 26,5 cm.


QUAND ?
Mercredi 15 octobre 2014

OÙ ?
Salle 3 - Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Parsy.

COMBIEN ?
Estimation : 8 000/12 000 euros.

La Gazette Drouot n° 34 - Vendredi 10 octobre 2014 - Claire Papon


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