La Gazette Drouot
Un portrait de Kiki par Foujita
EN RÉGIONS / La reine de Montparnasse

Elle était une figure incontournable des années folles parisiennes et nombre d’artistes firent de Kiki
de Montparnasse leur égérie, notamment le Japonais Foujita

Kiki de Montparnasse est séduisante, nul ne lui résiste aujourd’hui encore. C’est elle que le réalisateur du sensuel 37°2 le matin, Jean-Jacques Beineix, a choisie pour sujet de son premier spectacle théâtrale, joué à Paris au Lucernaire jusqu’au 18 octobre dernier.
Deux autres spectacles sur l’égérie des années folles sont actuellement proposés dans la capitale, l’un au Guichet Montparnasse et l’autre au théâtre de la Huchette. Si Kiki enflamme toujours les planches – et le grand écran avec un film d’animation, Mademoiselle Kiki et les Montparnos d’Amélie Harrault, consacré en 2014 par un César  –, c’est que sa personnalité et sa vie même se transposent à merveille dans une comédie... musicale, bien sûr ! Ses mémoires, qui furent interdits par la censure américaine en 1929, étaient préfacés par Ernest Hemingway. «Voici un livre écrit par une femme qui n’a jamais été une lady... mais une reine», écrivait-il admiratif. Cette «fille de rien du tout» a connu une réussite digne d’Hollywood. Alice Ernestine Prin naît en Côte-d’Or le 2 octobre 1901. La jeunesse de cette enfant illégitime se passe aux côtés de sa grand-mère, loin de l’amour maternel qu’elle va retrouver à l’âge de 12 ans à Paris, où sa mère travaille dans l’imprimerie. Elle accumule ensuite les petits boulots, avant de décider de poser nue pour les artistes. Outrée, sa mère la met à la porte. Commence alors la vie de bohème ; Kiki est accueillie par Soutine dans son atelier, et fréquente la brasserie La Rotonde. Les peintres sont hypnotisés par son charme, sa verve, sa coiffure courte au carré de garçonne, un maquillage provoquant sur des traits harmonieux et un teint de porcelaine. Mendjisky, Modigliani, Desnos ou encore Man Ray lui demandent de poser pour eux. Elle est le Violon d’Ingres du photographe des surréalistes.
Kiki eut également une tendresse toute particulière pour Foujita, un ami fidèle, le seul présent à son enterrement, en 1953. Son Nu couché dans la toile de Jouy de 1922 met en valeur les formes de la belle à la manière d’un Giorgione ou d’un Titien. Elle devient pour le peintre l’égale des muses de la Renaissance. Provenant d’une collection particulière, notre dessin arbore une beauté à la fois moderne et intemporelle. Le physique de Kiki et le style de Foujita s’allient dans une oeuvre entre tradition et modernité. Le modèle et l’artiste se sont rencontrés pour la première fois à la Rotonde en 1917, mais ce n’est que trois ans plus tard qu’elle commence à poser pour lui, sur les conseils de Kisling. Elle est fascinée par ce Japonais issu d’une famille de samouraïs, lui est ensorcelé par le corps parfait de la ravissante effrontée, arrivée pour leur première séance de pose nue sous un superbe manteau, un foulard coloré encadrant son visage. Après s’être effeuillée, elle s’empare par surprise des pinceaux d’un Foujita médusé et peint le portrait de l’artiste... qu’elle vendra au Dôme, à un Américain, quelques minutes après sa sortie.
Chacun reprit ensuite sa place de chaque côté du chevalet pour de nombreuses séances, qui donnèrent naissance à quelques-uns des plus beaux nus de Foujita.

kiki

Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Kiki de Montparnasse, encre et estompe sur chine,
57 x 35 cm. Certificat de Mme Sylvie Buisson.


QUAND ?
Samedi 14 novembre 2015



OÙ ?
Laval, Hôtel des ventes de Laval SVV


COMBIEN ?
Estimation : 8 000/12 000 euros

kiki
Détail
La Gazette Drouot n° 38 du vendredi 6 novembre 2015 - Caroline Legrand


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