Coup de coeur - Fragments du mur de Berlin
 |
 |
| Retour au sommaire |
 |
| L’histoire taguée |
|
Sept fragments du mur de Berlin viennent rehausser une vente d’art urbain organisée
à Marseille. Un évènement placé sous la double empreinte de l’histoire et de l’art.
|
 |
|
|
 |
De 30 000 à 35 000 € frais compris.
Indiano/Thierry Noir, Praf III et Praf II ; Thierry Noir, Tête ; Kiddy Citny, Visage rouge, 1986 ; Thierry Noir, Visages du Mur ;
Kiddy Citny, Roi noir aux yeux rouges, 1985.
Sept éléments du Mur de Berlin, avec certificats.
Marseille, jeudi 14 mai 2009,
Damien Leclere Maison de ventes aux enchères SVV.
|
|
 |
Berlin, années 80. Un oeil rivé sur le mur, bombe d’aérosol à la main, Thierry Noir et Kiddy Citny jouent au chat et à la souris avec les vopos. Dans ce no man’s land, la menace est réelle, nombreux sont ceux qui ont perdu la vie ; il faut faire vite, une seconde d’inattention et tout peut basculer.... Depuis le 13 août 1961, le mur défigure la capitale allemande, dressant entre l’Est et l’Ouest une infâme cicatrice, héritage du second conflit mondial. Après 10 795 jours d’existence, le 9 novembre 1989, le mur de la honte s’effondre enfin. La nouvelle fait l’effet d’une bombe. Tout s’achève là où tout avait commencé, dans un Berlin pierre angulaire de la guerre froide. Ici, devant les murs de la ville, s’active désormais une armée de "piverts", ouvrant dans les masses de béton des ponts de liberté. C’est la fin d’une époque, celle du bloc communiste. On se souvient de Mstislav Rostropovitch, violoncelliste virtuose privé de sa citoyenneté soviétique, jouant une suite de Bach devant la foule en liesse. L’image relève du symbole et fera d’ailleurs le tour du monde.
Ce 11 novembre 1989 au Checkpoint Charlie, le mur de Berlin vit donc ses derniers instants.
Partout, on ménage des points de passage à travers la muraille. Arrachés à coups de pelleteuse ou de pioche, ces fragments seront considérés comme un "immense palimpseste de la mémoire" et récoltés telles des reliques. Dans les jours et les mois suivants, plusieurs segments seront démontés par les autorités frontalières de la RDA. Certains morceaux iront enrichir les plus grandes collections du monde. Car cette barrière de béton de plus de trois mètres de haut était devenue au début des années 80 une monumentale toile à ciel ouvert, où les artistes, à coup de graffitis et de tags rageurs, avaient dessiné une armée de gardiens, visages et fantômes saturés de couleurs. Une manière de revendiquer leur liberté, de crier leur révolte. En 1989, lors de l’effondrement, plus d’une centaine d’artistes internationaux iront également peindre la face Est, celle restée jusque-là inaccessible. Elle forme aujourd’hui les 1 300 m de l’East Side Gallery, à Mühlenstrasse. En 1990, une vente de quatre-vingt-un fragments de la face Ouest sera organisée à Monaco, au profit d’un hôpital de Berlin-Est ; elle permettra de récolter quelque 1,5 Meuros. Parmi ces palimpsestes, figuraient nos sept fragments provenant des rues Waldemarstrasse et Luckauer, au sud-est de la ville. Ils ont été identifiés comme les oeuvres des artistes Kiddy Citny et Thierry Noir.
Nos intrépides graffeurs rejoignent ainsi les quatre-vingts personnalités représentées dans la vente d’art urbain de Marseille. Une nouvelle reconnaissance pour ces artistes qualifiés, il y a peu encore, de vandales ou de barbouilleurs. Aujourd’hui, le marché et les institutions leur rendent hommage ; le Grand Palais prolonge ainsi jusqu’au 26 avril l’exposition "T.A.G" de la collection d’Alain-Dominique Gallizia.
À quelques mois du vingtième anniversaire de la chute du mur, cette vente ne devrait donc pas passer inaperçue. Impossible de faire l’impasse. |
 |
| Stéphanie Perris-Delmas |
|
|
|
 |
 |
|
|