La Gazette Drouot
Une statue en bronze Ming
EN RÉGIONS / Un précieux gardien

Une statue en bronze laqué or d’époque Ming mettra une nouvelle fois en pleine lumière la splendeur des arts chinois. Le roi du ciel prendra son envol du côté de Clermont-Ferrand !

Le mythe des rois célestes se retrouve tant en Chine qu’au Tibet, au Japon ou en Corée, à la faveur de la diffusion du bouddhisme. Appelés «Tian Wang» dans l’empire du Milieu, ils sont considérés comme les gardiens des horizons, mais aussi les protecteurs de la loi bouddhique. Au nombre de quatre, ces déités veillent sur les points cardinaux, mais aussi sur les étoiles et constellations chinoises. On les retrouve à l’époque Ming dans les temples bouddhistes, où elles gardent l’entrée du «dukkang», la salle d’assemblée et de prière dans les monastères, mais aussi sur le «chemin des esprits», non loin des tombeaux des treize empereurs Ming, dans les montagnes au nord-ouest de Pékin. Toute protection n’est-elle pas bonne à prendre ? Notre guerrier a également pour fonction, aidé de ses trente-deux généraux, de protéger le bouddha de l’avenir, Maitreya, de la menace des rois des enfers. Les quatre Tian Wang peuvent se différencier par leur couleur –blanche, bleue, rouge et verte –, ou par leurs attributs (instrument de musique, épée, ruban ou ombrelle). Notre bronze représenterait ainsi Virudhaka, «le grand homme». Ses acolytes se nomment, pour l’est Dhritarastra, « Celui qui maintient le royaume de la Loi», pour l’ouest, Virupaksa «Celui qui a l’oeil mauvais» et, pour le nord, «Celui qui entend tout», Vaishravana considéré comme le chef. Siégeant au sud, notre roi céleste appuie sa main droite sur son épée, dans une belle démonstration de puissance. Des dragons encadrent son casque, dont la pointe a été ajoutée postérieurement. Son armure étincelante présente un décor finement ciselé de spirales, de feuillages et, à la ceinture, d’une chimère à la tête de lion et à la queue de serpent, semblant s’étendre sur toute la surface de la cotte de maille pour mieux effrayer les mauvais esprits. Une écharpe céleste virevolte autour du guerrier, un peu comme s’il volait dans les cieux ; il marche d’ailleurs sur un nuage stylisé… Fondu à la cire perdue avec une grande maîtrise, ce bronze est remarquable non seulement pour son état de conservation, mais aussi par la profusion des détails décoratifs et cette attitude altière du plus bel effet. Entièrement laqué or, il présente de plus des traces de polychromie, notamment de rouge au niveau de la bouche et des yeux. Après la brillante période des bronzes archaïques de l’époque Shang, l’utilisation de ce matériau a considérablement diminué. Les bronzes se voient réservés au culte bouddhique ou aux oeuvres d’art impériales, comme autant de symboles de pouvoir et de richesse. La dynastie Ming, qui débute en 1368 pour s’achever en 1644, est la dernière grande lignée d’empereurs véritablement chinois. Auparavant, les Yuan étaient en effet mongols et les Qing seront mandchous. Les Ming mirent ainsi un point d’honneur à mettre en valeur les arts ancestraux de leur pays. Ils n’hésitèrent pas à investir dans tous les domaines et portèrent à leur apogée la peinture, la sculpture, la laque, le jade ou encore la poésie, remettant au goût du jour la porcelaine ou bien la grande statuaire en bronze. Une réussite qu’aujourd’hui encore on ne peut que saluer !

ming

Chine, époque Ming (1368-1644),
statue en bronze laqué or représentant le roi du ciel «Tian Wang» en armure, h. 151 cm.

QUAND ?
Samedi 13 décembre 2014

OÙ ?
Clermont-Ferrand.
Vassy-Jalenques SVV. M. Portier Th., Mme Buhlmann.

COMBIEN ?
Estimation : 150 000/200 000 euros

La Gazette Drouot n° 42 du vendredi 5 décembre 2014 - Caroline Legrand


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