La Gazette Drouot
Une toile de Giuseppe Canella
La vie de château

Séduisante propriété que celle-ci, au coeur de Neuilly, dont les hôtes les plus célèbres furent Pauline Borghèse et un certain Louis-Philippe. Visite guidée, avec Giuseppe Canella...

Neuilly-sur-Seine conserve quelques vestiges d’un patrimoine architectural qui comprenait autrefois deux châteaux. L’un, bâti en 1529 en bordure du bois de Boulogne, fut nommé “château de Madrid” par Louis XIII ; l’autre, dont les origines datent du règne de Louis XIV, s’appelle plus simplement le château de Neuilly. Si aucune trace ne subsiste du premier, le second demeurera intact dans le paysage neuilléen jusqu’au milieu du XIXe. Comme en témoigne notre tableau, oeuvre du peintre véronais Giuseppe Canella. L’artiste voyagea en Espagne puis en France, entre 1823 et 1833, partageant son temps entre Fontainebleau et Paris, où il expose en 1826 et 1827. De retour en Italie, il se fixe à Milan avant de devenir, à la fin de sa carrière, professeur à l’académie de Venise. Notre homme s’était taillé une belle réputation comme védutiste, multipliant ces vues plus ou moins imaginaires de paysages ou de villes, qui firent florès à Venise au siècle précédent. Chroniqueur de la vie contemporaine, Canella est également sensible au rendu atmosphérique. Ici, pas de vedute, ni de capriccio. Notre château est bien réel, qui à l’époque de ce tableau a déjà connu plusieurs propriétaires, madame de Gontaut-Biron d’abord, puis, surtout, le comte d’Argenson, chancelier du duc d’Orléans. Séduit par ce qui n’est encore qu’une maison de campagne, celui-ci la transforme en 1751 en une somptueuse demeure, dont il confie les plans à Jean-Sylvain Cartaud. Diderot, Voltaire et Rousseau compteront parmi les hôtes illustres du lieu, aujourd’hui devenu le 52, boulevard d’Argenson. On dit même qu’y fut caché le manuscrit de L’Encyclopédie... La demeure passe ensuite à un financier douteux, en 1792 à une certaine madame de Montesson, puis à Talleyrand, qui organise des fêtes grandioses. En 1804, Murat, son nouveau propriétaire, sollicite le grand architecte du moment, Pierre-François Fontaine, pour la construction d’une aile gauche et la décoration de l’ensemble. Devenu roi de Naples quatre ans plus tard, le célèbre maréchal cède la place à Napoléon Ier, qui en fait don à sa soeur, la princesse Pauline Borghèse. La propriété revient dans le giron de la famille d’Orléans en 1818, quand le futur Louis-Philippe l’achète, ainsi que le château voisin de Villiers, et l’agrandit pour loger ses nombreux enfants et sa soeur, Adélaïde. Dotée d’une façade ponctuée de nombreuses portes vitrées et de pilastres à colonnes ioniennes, la demeure est largement ouverte sur un jardin s’étendant alors de l’île de la Jatte aux portes de Paris. Une résidence d’été idéale pour Louis-Philippe et sa famille... Las, les choses se gâtent le 25 février 1848 : le château est pillé et incendié. Seule l’aile droite, dite “pavillon de madame Adélaïde”, subsistera. Confisqué en 1852 par Napoléon III, le domaine devient parc public, avant d’être cédé en sept-cents lots. En 1908, le pavillon est acquis et transformé par la congrégation des soeurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, qui le possèdent encore aujourd’hui. “Déjà illustre par son passé, de jour en jour plus florissante” : sa devise va comme un gant à Neuilly...

canella

Giuseppe Canella (1788-1847),
Vue du château de Neuilly avec trois jardiniers au premier plan, 1827,
huile sur panneau, 13,4 x 18,5 cm.

QUAND ?
Vendredi 13 décembre 2013

OÙ ?
Salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux SVV.

COMBIEN ?
Estimations : 20 000/25 000 euros

La Gazette Drouot n° 42 - Vendredi 6 décembre 2013 - Claire Papon


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