La Gazette Drouot
Une armure chinoise et son archais et carquois
EN RÉGIONS / Aux ordres de l’Empereur

Complète, cette armure chinoise du XIXe siècle se révèle un bijou de technicité et d’esthétisme,
ayant appartenu à un officier de haut rang du palais impérial.

L’art suprême de la guerre, c’est soumettre l’ennemi sans combattre», préconisait le fameux général Sun Tzu dans son ouvrage sur la stratégie militaire, au VIe siècle avant notre ère. Tout n’est que manoeuvres et faux-semblants dans le combat, l’aspect psychologique demeurant un pan essentiel de la guerre. En imposer aux yeux de ses adversaires peut s’avérer vital. Quoi de mieux, alors, que de vêtir ses farouches soldats d’armures aussi impressionnantes que celle-ci ! D’une rare beauté, cette panoplie d’apparat d’un commandant de la Garde impériale est aussi d’une grande complexité, mêlant les matières les plus précieuses à des motifs décoratifs ancestraux, liés aux plus anciennes croyances taoïstes. Complète de son archais (étui d’arc), de son carquois et de son sabre, notre armure est de plus présentée dans sa boîte de rangement en laque rouge.
Depuis les toutes premières armures chinoises du IIe millénaire avant J-C., composées de chutes de bois puis de cuir, les techniques se sont perfectionnées. Avec les dynasties Qin et Han elles intègrent le fer, et le corps se verra bientôt protéger dans son entier. Façonnées sur mesure sous les Song du Nord, autour de l’an 1000, elles se font sophistiquées, à la fois solides et légères. Mais, sous la dynastie Qing l’art de la guerre évolue et les armures n’effraient guère les armes à feu... Elles font place aux uniformes en tissu pour les fantassins et servent d’apparat pour les officiers lors de cérémonies, permettant d’indiquer le rang du propriétaire. Ainsi, la nôtre appartenait-elle à un général très proche du pouvoir ; des modèles similaires sont conservés au musée du Vatican, aux Invalides ou encore au National Museum of Mongolian History de Washington. Elle présente un corps en soie bleue à rivets dorés, centré de deux médaillons et brodés de dragons affrontés et entourés de nuages sur fond turquoise. Les épaulières, en métal doré et velours de soie, présentent quant à elles des motifs de dragon quadridactyle, en fil d’or sur fond bleu.
Côté armement, le sabre – à la lame damasquinée à l’or d’un dragon, de vaguelettes, de pics et de trois hallebardes dans un vase, symboles de paix et de bons augures – est assorti de son fourreau en galuchat, tandis que le carquois de velours à parement d’argent, à motifs du caractère de la «longévité», est accompagné d’un archais en velours violine renforcé de cuir, serti de plaques et de clous dorés... Le véritable clou du spectacle est toutefois assuré par le fabuleux casque tout en hauteur orné de plaques de laiton d’or et d’argent, dont le sommet agite un plumail noir peint de dragons dorés, toujours à quatre orteils, et des plumes de martin-pêcheur au-dessus d’un panache en fourrure de zibeline. Le tout étant appuyé d’inscriptions, comme le caractère «tian» («ciel», «céleste», «impérial») dans le casque et, dans le couvercle de la boîte du panache de l’armure, la locution «Yipin dangchao» : «Puissiez-vous servir la Cour comme fonctionnaire de première classe !».
Un souhait accompagnant le plus souvent une promotion aux plus hautes fonctions de l’État. Notre militaire a-t-il accédé au grade de commandant des bannières, de gouverneur militaire ou de grand officier de la garde ? Qu’importe, l’habit prouve l’homme, au plus proche du clan impérial !

ivry

Chine, dynastie Qing, seconde moitié du XIXe siècle.
Armure d’apparat d’un commandant de la garde Impériale avec sa boîte, son archais, son carquois et son sabre.

QUAND ?
Samedi 12 décembre 2015



OÙ ?
Chinon. Salle des ventes de Chinon SVV. M. L’Herrou


COMBIEN ?
Adjugé frais compris 103 000 €

ivry
La Gazette Drouot n° 42 du vendredi 4 décembre 2015 - Caroline Legrand


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp