La Gazette Drouot
Une huile de Simon Hantaï
À PARIS / Simon Hantaï en sa jeunesse

Tracé des formes et répartition des couleurs constituent les piliers de la recherche de cet artiste unique,
qui laissera peu à peu le hasard des pliages guider son travail.

Il y eut un Simon Hantaï avant celui que nous connaissons tous, avant ses grandes peintures écrites en bleu, en rose, en vert... sur le fond blanc de la toile. Le langage y est bien différent, mais relève de la même quête. Cette période fondamentale de gestation d’un art, qui porte en elles les fruits de l’avenir, est bien celle qui a intéressé les collectionneurs Solange et Jacques du Closel. Elle caractérise les deux oeuvres du peintre, de petit format mais d’une grande force picturale, qui seront proposées le 11 mai prochain au coeur de leur ensemble d’art contemporain. Hantaï a 27 ans, et quelques années de formation à l’école des beaux-arts de Budapest, lorsqu’il quitte la Hongrie avec son épouse, en mai 1948, pour rejoindre la France et Paris, où il arrive en septembre de la même année. Il n’a pas – et pour cause ! – été nourri aux grands courants modernes de la première moitié du XXe siècle, tout juste a-t-il ressenti le choc de la découverte des primitifs lors de sa traversée de l’Italie. Et pourtant, la rapidité avec laquelle Hantaï va tout absorber et restituer dans une gestuelle inédite est impressionnante. Entre 1950 et 1955, l’artiste entame l’étape surréaliste de sa carrière, et goûte toutes sortes de techniques. Frottage et froissage, collage et grattage, pliage et collage... tout est bon à être expérimenté. Le catalogue de la belle rétrospective que le Centre Pompidou lui a dédiée à l’été 2013, publié sous la direction de Dominique Fourcade, Isabelle Monod-Fontaine et Alfred Pacquement, répond à une interrogation que tout un chacun peut légitimement se poser. Pourquoi un jeune peintre, au commencement de sa carrière et qui n’a jamais rencontré aucun des grands noms du surréalisme, va-t-il s’intéresser à un mouvement alors considéré comme dépassé, voire usé ? «On peut imaginer un Simon Hantaï encore peu sûr, n’ayant pas une vue claire des choses du modernisme, et sans doute très isolé. Rejoindre un système où tout est déjà balisé, en somme une organisation (même fatiguée) devait présenter des avantages.» Les tableaux qui émergent de ces recherches présentent une surface entièrement couverte de spirales, de circonvolutions et, surtout, de couleurs d’un genre nouveau dans le paysage artistique. Des gris, des roses perle, des bruns, des pourpres – on pourrait presque écrire des rouilles – s’enchevêtrent et habitent la toile ou le panneau jusqu’à les réveiller. Les oeuvres de cette période n’ont pas de titre, ce qui peut surprendre. Mais cette absence n’est-elle pas justement volontaire, une audace supplémentaire pour ne pas détourner le regard de la peinture par le subterfuge des mots et obliger ainsi le spectateur à se concentrer sur son coeur intrinsèque, celui qui vibre au son de la matière peinture ? Hantaï est maintenant prêt à aborder une nouvelle phase, celle de la gestuelle qui va exploser au cours des années 1956-1957 et définitivement le révéler. Ce parcours résolument singulier étonne aujourd’hui encore. Son retrait de la scène artistique, en 1982, au faîte de la gloire, et son silence pendant quinze années ne sont pas sans y participer.

laque

Simon Hantaï (1922-2008), Sans titre,
1951, huile sur panneau, 39,5 x 21 cm.


QUAND ?
Mercredi 11 mai 2016


OÙ ?
Salle 4 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV.


COMBIEN ?
Estimation : 10 000/15 000 €

La Gazette Drouot n° 18 du vendredi6 mai 2016- Anne Doridou-Heim


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