La Gazette Drouot
Portraits cinématographiques
Portraits cinématographiques

Ou comment, entre nouveau réalisme et pop art, des sièges traduisent dans les années 1960 la remise
en cause des valeurs établies. Attention, révolutionnaires !

En 1967, Playtime de Jacques Tati annonce d’imminents bouleversements.
Outre l’image furtive d’une adolescente en jupe plissée prête à exploser sous l’oppression du système familial, le film décrit plus largement l’univers gris et normé d’une société corsetée et uniformisée. Scène d’anthologie, elle va se libérer de ses entraves dans une catharsis psychédélique, se déroulant dans un restaurant aussi toc que prétentieux... Tati débute son histoire à l’aéroport d’Orly, manifeste du style international, basé sur les codes élaborés au Bauhaus, qui triomphèrent aux États-Unis. Le lieu constitue une première en France, un symbole de modernité national plus visité que la Tour Eiffel.
Le rationalisme triomphant y sera perverti en 1967 par l’installation d’une crèche, fruit d’un concours organisé par l’aéroport. Imaginée par César – qui sollicite à cette occasion l’aide de son “technologue” Roger Tallon –, elle se compose d’un mur de bottes de paille accueillant une télévision, où l’on voit pleurer l’Enfant Jésus. Les spectateurs prennent place sur des “sièges portraits” de célébrités de l’époque, Charles de Gaulle, Mireille Mathieu, Salvador Dalí, Pablo Picasso, Léon Zitrone ou encore Brigitte Bardot. C’est le “siège portrait” de cette star – dédicacé par elle “A mon ami César” – qui est aujourd’hui proposé. Les deux autres répertoriés, sur la dizaine créée, sont celui de César, conservé au musée des Arts décoratifs à Paris, et celui du général, dans une collection privée. Designer industriel, Tallon apprécie l’interdisciplinarité et les échanges. Ainsi, quand Yves Klein cherche comment exécuter ses peintures de feu, un ami le met en contact avec Tallon, qui le présente aux techniciens de Gaz de France. Le designer devient alors pour les nouveaux réalistes une sorte de conseiller technique. Quoi de plus normal pour un mouvement explorant la société de consommation ? Pour la mythique exposition au musée des arts décoratif en 1962, “Antagonisme 2, l’objet”, il assiste Klein à la réalisation de son architecture de l’air, aide César pour son Ensemble de télévision.
Quelques années plus tard, celui-ci subvertit donc les caodes de la crèche de Noël, un principe à l’oeuvre dans une autre mouvance néodadaïste, le pop art. C’est dans cette filiation que s’inscrit plus volontiers le siège Teorama, conçu en 1969 par Claude Courtecuisse pour le Salon des artistes décorateurs. Celui qui dés 1966 présentait avec sa femme Agnès une collection de mobilier en kit, en carton sérigraphié, réalise pour l’occasion trois exemplaires de son siège Mercurio. Ils portent, en trois couleurs différentes, un portrait de l’acteur Terence Stamp, permettant de saisissants effets de projection, extrait du film de Pier Paolo Pasolini, Théorème, parabole biblique où le Visiteur fait sauter les verrous sexuels d’une riche famille milanaise... Une vision critique d’une société en plein bouleversement, récupérée par un designer. Quel cinéma !

sieges

Claude Courtecuisse (né en 1937),
siège Teorama, A.B.S ou méthacrylate thermoformé et sérigraphié, 1969.

QUAND ?

Lundi 10 juin 2013

OÙ ?
Salle 5 - Drouot Richelieu.
Pestel-Debord SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 10 000/15 000 euros

siege

César (1921-1998) et Roger Tallon
(1921-2011), Siège portrait
Brigitte Bardot, crèche d’Orly, 1967.
Contreplaqué et métal.
Dédicace de l’actrice à César.


COMBIEN ?
Estimation : 40 000/50 000 euros

La Gazette Drouot n° 22- 7 juin 2013 - Sylvain Alliod


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