La Gazette Drouot
Coup de coeur - Tapisserie des Gobelins
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Les dieux aux portes des Gobelins
rois tapisseries appartenant à la célèbre série des Portières des Dieux
des Gobelins viennent de réapparaître. Un évènement se profile du côté de Bergerac...
Adjugé 150 000 € frais compris.
Gobelins 1765-1767, atelier de Jacques Neilson, Cérès ou l’été,
d’une série de trois tapisseries appartenant à la tenture
des Nouvelles Portières des dieux, 364 x 270 cm.
Bergerac, dimanche 9 décembre 2007.
Me Biraben. M. Delarue.
La tapisserie, en France, est une affaire d’État : ainsi en a décidé le grand roi Louis XIV. Sur ses ordres, Colbert achète, le 6 juin 1662, l’hôtel des Gobelins, sis dans le faubourg Saint-Marcel. Le Roi-Soleil exige la création d’une manufacture royale pour parer les murs du Louvre et de Versailles de tapisseries plus grandioses encore que celles aperçues à Vaux-le-Vicomte, chez l’insolent Fouquet. Celui-ci avait établi un atelier à Maincy, près de son château, pour y faire travailler les artistes les plus fameux, parmi lesquels Le Brun. Louis XIV allait faire mieux, avec les Gobelins.
Cet atelier, en activité depuis 1443, compte bientôt quelque 250 lissiers aux ordres de Louis XIV. Au chômage pour cause d’exil forcé de Fouquet, les artistes de Maincy viendront gonfler leurs rangs. En ce XVIIe siècle, parmi les thèmes favoris de la manufacture, les dieux grecs arrivent en tête.
Les cartonniers déclinent leurs aventures à l’envi, des histoires héroïques aux figures allégoriques. Nos trois portières appartiennent à l’une des séries les plus célèbres du genre, maintes fois remise sur le métier des lissiers. C’est en 1699, sous la direction de Jules-Hardouin Mansart, que sort la première tenture des Nouvelles Portières des dieux. Elle comporte huit sujets pouvant être scindés en deux parties, les quatre saisons et les quatre éléments. D’ailleurs, la préférence va souvent aux saisons : Saturne devient l’hiver, Cérès l’été, Vénus le printemps et Bacchus, l’automne. Si Claude Audran III, dit le jeune, est à l’origine des cartons et du dessin des élégants portiques, il laisse à Louis de Boulogne et à Michel Corneille le soin d’imaginer les figures des dieux et des enfants, Desportes se consacrant aux oiseaux.
À chacun sa spécialité et l’art de la tapisserie rivalisera avec la peinture ! Ces tapisseries s’inscrivent dans un projet commercial visant à toucher un public plus large, par la réalisation de modèles simplifiés s’adaptant parfaitement aux boiseries. Dites "à alentours", ces tapisseries se présentent donc telles des peintures, dans un cadre constitué de rinceaux, fleurs de lys, entrelacs et autres arabesques. Bien sûr, les décors sont "à la Berain" pour s’inscrire en plein dans la tradition du XVIIe. Rapidement célèbres, les quatre Portières des dieux connaissent plusieurs rééditions au siècle suivant dans les ateliers des Gobelins, dont la nôtre, oeuvre du lissier Jacques Neilson. Chacun veut ses dieux, la marquise de Pompadour pour le château de Bellevue, le roi pour l’offrir à l’empereur Qian Long, en 1767. De grandes collections en possèdent des exemplaires, notamment Windsor ou le quai d’Orsay. De nos jours, la convoitise n’est pas moins extrême. Ainsi, Jacqueline Boccara, auteur d’un ouvrage joliment intitulé Âmes de laine et de soie (éd. Monelle Hayot, 1988), raconte qu’elle possédait une série des portières, mais que son Bacchus lui fut volé en 1977. De notre côté, Saturne est manquant, mais, à n’en pas douter, nos trois tapisseries en affoleront plus d’un...
Caroline Legrand
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