La Gazette Drouot
Ors islamiques
Ors islamiques

Du Louvre aux salles des ventes, les arts de l’Islam sont sous les feux de l’actualité
en ce début de saison... notamment avec le travail du métal, aiguière à l’appui.

L’une des plus grandes collections d’objets islamiques du monde, avec celle du Metropolitan de New York, a enfin trouvé un écrin à sa mesure. Le 18 septembre dernier était inauguré au Louvre le nouveau département des Arts de l’Islam, abrité dans la cour Visconti sous les ors d’un véritable tapis volant, imaginé par Mario Bellini et Rudy Ricciotti. Sur deux niveaux se déploient plus de mille ans de création, illustrés par près de 3 000 oeuvres, choisies dans le fonds de l’établissement public lui-même (15 000 pièces), mais aussi dans celui du musée des Arts décoratifs, déposé au Louvre. Ce dernier comprend pas moins de 3 400 oeuvres des empires modernes de l’Islam, du XVIe au XVIIIe siècle, qui complètent parfaitement le Moyen Âge islamique, point fort de l’ensemble appartenant au Louvre. Les arts du métal occupent là une place toute particulière, grâce à plusieurs pièces, dont un chef-d’oeuvre – parmi les objets les plus reproduits et commentés de l’art islamique. Il s’agit d’un bassin mamlouk réalisé vers 1330-1340 en Syrie ou en Égypte par Muhammad ibn al-Zayn, connu sous le nom de «baptistère de Saint Louis» ; une appellation inventée au XVIIIe siècle, Louis IX étant décédé en 1270 à Tunis, durant la huitième croisade. Par contre, le futur Louis XIII y reçut l’ondoiement comme avant lui d’autres «enfants des rois et princes de sang», précise Aubin-Louis Millin dans son ouvrage consacré aux antiquités nationales, publié en 1791. Un objet remarquable par son décor historié de grande taille – sujet à multiples interprétations –, au destinataire également non identifié, peut-être un chrétien, un Lusignan qui n’aurait toutefois jamais possédé l’objet que l’on peut imaginer confisqué par le sultan al-Nasir ibn Qalawun (1309-1341)...

valtat
Estimation : 100 000/150 000 euros.
Hérat ou Ghazni, seconde moitié du XIIe siècle. Aiguière à patine cuivrée incrustée d’argent, h. 40 cm.
Mardi 9 octobre. Hôtel Marcel-Dassault. Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. Mme Kevorkian.
Notre aiguière, bien antérieure à ce bassin, a livré plus de secrets. Elle fut fabriquée dans l’actuel Afghanistan – partie de l’ancien Khorasan –, à Hérat ou Ghazni. Les invasions mongoles qui ont bouleversé le monde islamique ont d’abord rejeté les artisans du Khorasan vers Mossoul, avant que le sac de la cité, en 1261, ne les éparpille vers l’Égypte, la Syrie ou encore l’Asie mineure. Les richesses minières du Khorasan expliquent en partie la présence dans cette région d’une longue tradition du travail du métal. Avec la conquête islamique de l’Iran sassanide, les objets en métal affluèrent à Bagdad et Damas, formant le goût des sultans. Un aquamanile en forme d’oiseau portant pour date du 796-797 serait d’ailleurs la plus ancienne pièce d’orfèvrerie islamique connue ; conservée à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, elle est encore sassanide par sa forme, mais islamique par son décor. De fait, le Khorasan affirme sa primauté au Xe siècle. La ville de Ghazni brille alors par son orfèvrerie, fournissant même, selon l’écrivain persan Nasir-i Khusraw, du mobilier d’argent pour la Kaaba de La Mecque. Ne subsistent du XIIe siècle iranien que des objets en laiton incrusté d’argent, d’or et de cuivre, une technique ayant permis de rehausser à la fois la valeur et le statut de ces pièces, au point de rivaliser avec l’orfèvrerie. Au XIIIe siècle, le cosmographe Zakariya al-Qazvini indique qu’Hérat était un important centre de production de laiton incrusté. Le somptueux «Vaso Vescovali», réalisé vers 1200 et conservé au British Museum, proviendrait de cette ville. C’est dans cette riche filiation que s’inscrit notre aiguière recouverte d’un fin décor géométrique animé d’oiseaux. À noter également, les lions en repoussé qui ornent le sommet du col. Sur l’épaule court une inscription en coufique, signifiant «Gloire et prospérité et intercession gloire et prospérité et fortune et paix et longévité au propriétaire». Des voeux de bon augure, cette aiguière étant en outre vierge de tout passage en vente. Appartenant à une collection européenne, elle provient par descendance d’un ensemble constitué au Caire, à la fin du XIXe siècle. Inch’Allah...
La Gazette Drouot n° 34 - 5 octobre 2012 - Sylvain Alliod


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