La Gazette Drouot
Miniatures r�alis�es pour Antoine-Louis Polier
Les Indes galantes
Direction l’Inde du nord au XVIIIe siècle, grâce à ces miniatures réalisées
pour Antoine-Louis Polier, venu goûter au luxe de la cour de Lucknow.
Étonnant destin que celui d’Antoine-Louis Polier (1741-1795), commanditaire de nos cinq peintures... Né à Lausanne, ce descendant d’une noble famille de protestants français, ayant émigré en Suisse, au XVIe siècle, pour fuir les guerres de Religion, s’embarque à l’âge de quinze ans pour rejoindre aux Indes un oncle, qui meurt avant même son arrivée. Sans le sou, Antoine-Louis s’engage comme cadet dans la florissante Compagnie anglaise des Indes orientales, puis se met au service de l’empereur moghol Shâh Âlam II, avant d’être nommé ingénieur militaire et architecte à la cour de Shojâ al-Dawla (1753-1775). Gouverneur provincial de l’Awadh, région située dans l’actuel Uttar Pradesh, Shojâ al-Dawla est également à l’origine d’un important foyer de peinture animé par des artistes venus de Delhi, fournissant de nombreuses commandes d’Européens installés dans le pays. Parmi eux, Jean-Baptiste Gentil, Claude Martin, Richard Johnson, sir Elijah Impey, Warren Hastings ou lady Coote, à qui le sieur Polier fait cadeau d’un album. Diplomates, militaires, aventuriers et, bien sûr, mécènes... Tous succombent aux charmes de Faizabad et de Lucknow – capitale de l’Awadh en 1775 –, se passionnent pour la culture indienne et mènent une vie fastueuse, entourés d’objets raffinés. Comme en témoigne, jusqu’au 11 juillet prochain, l’exposition “Une cour royale en Inde, Lucknow”, à voir au musée Guimet, à Paris.
L’un des premiers artistes britanniques à visiter l’Inde, Tilly Kettle, est employé par la cour de Faizabad en 1772 – et certains de ses portraits seront copiés ; d’autres oeuvres, exécutées dans l’atelier de Mihr Chand, sont en revanche directement inspirées de l’art européen. Généreux envers ses amis, Antoine-Louis Polier n’hésitait pas à faire réaliser plusieurs versions d’une même peinture. Autant d’oeuvres conservées aujourd’hui dans les musées de San Francisco, Zurich, Berlin, Paris ou Londres...
Adjugé 130 203 euros frais compris.
Jeunes femmes se divertissant dans un jardin, gouache sur page d’album cartonnée ; au revers, calligraphies
de Mohammad’Ali et Mohammad Ebrâhim, datées 1780. 25,5 x 37,5 cm.
Jeudi 9 juin 2011, salle 12 - Drouot-Richelieu. Pierre Bergé & Associés SVV. Mme David.
Passionné de peintures indiennes et de manuscrits, notre aventurier commence à céder des ouvrages à la fin de son séjour en Inde, au milieu des années 1780, puis lors de son passage à Londres, où il vient défendre son ami Warren Hastings, premier gouverneur général de l’Inde britannique, de 1773 à 1785, accusé de corruption. Rentré définitivement en Europe en 1788, Polier se fixe à Lausanne, avant que des troubles dans le canton de Vaud ne le décident à s’installer près d’Avignon. Hélas, notre homme habitué au luxe colonial menant grand train, la convoitise de brigands des environs est vivement attisée. Le 9 février 1795, il est assassiné à coups de sabre et de crosses de fusil. Grandeur et décadence... Restent nos gouaches, probablement acquises au début du XXe siècle. Difficile de ne pas être séduit par ces portraits, ces versions idéales de palais, ces femmes discutant ou fumant en écoutant de la musique dans des jardins et ces parcs dessinés selon les traditions persanes, reprises avec brio
par l’Inde moghole. C’est à partir de l’accession au trône, d’Akbar – homme de grande culture passionné de peinture – , en 1556, que l’art de la miniature affirme en Inde sa personnalité. Tous les sujets, ou presque, sont abordés par les ateliers royaux, les compositions sur une seule page, puis assemblées en albums, étant particulièrement prisées au XVIIe siècles. Les choses changent après le sac de Delhi, en 1739 : de nombreux peintres quittent la ville et partent travailler dans l’Awadh et au Bengale, deux États qui entretiennent des liens florissants avec l’Europe. La fin du XVIIIe et le début XIXe siècle voient se développer, à Lucknow notamment, cadre à de fabuleuses fêtes hindoues, un nouveau genre de peintures, réalisées pour les employés de la Compagnie des Indes orientales, où s’épanouissent portraits, études de faune, de flore et architectures. Son nom ? Le style “compagnie”, forcément.

Adjugé 148 804 euros frais compris
Portrait équestre du vizir Asad Khân et deux beautés, gouache sur page d’album cartonnée,
36,5 x 54 cm.
Jeudi 9 juin 2011, salle 12 - Drouot-Richelieu. Pierre Bergé & Associés SVV. Mme David.

La Gazette Drouot N°22 - 3 juin 2011 - Claire Papon


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