La Gazette Drouot
Un pot-pourri
Jardin de porcelaine

Fleuron d’une vente classique, notre pot-pourri monté en bronze réunit les talents des artistes des fabriques de Meissen et de Vincennes. Et le sens des affaires des marchands merciers...

Dans le langage poétique des fleurs, offrir un oeillet revient à dire que “vous avez une rivale”... Une allusion à la concurrence féroce que se livraient au XVIIIe siècle les manufactures de Meissen et de Vincennes ? On préférera voir dans l’exécution de ces fleurs, dont nombre de grands bouquets sont composés, le moyen pour les artistes d’exprimer leur talent. Fondée en 1740 par Orry de Fulvy, avec la complicité d’ouvriers transfuges de la fabrique de Chantilly, la manufacture de Vincennes réalise ses premières fleurs dès l’année suivante. Rapidement, près de quarante-cinq employés sont rattachés à cet atelier puisant ses modèles dans des planches gravées. Jacinthes de Hollande, narcisses de Constantinople, roses, tulipes, oeillets éclos ou en boutons sont l’objet d’un extraordinaire engouement. Louis XV, que madame de Pompadour a encouragé à devenir actionnaire de la manufacture, en commande pour toutes ses maisons de campagne. Rares toutefois sont les bouquets de l’importance du nôtre, du moins parvenus jusqu’à nous. Le plus fameux, aujourd’hui conservé dans les collections nationales de Dresde, demeure celui que Marie-Josèphe de Saxe, épouse du dauphin Louis, a fait parvenir à son père, Auguste III, électeur de Saxe, en 1749 : sur une terrasse de bronze doré de Jean-Claude Duplessis et dans un vase émaillé blanc entouré des allégories de la Musique et de la Poésie, se dresse une gerbe de fleurs montées sur des tiges en tôle peinte. Ce cadeau témoignait diplomatiquement des progrès de Vincennes, et de son ambition à dépasser sa rivale saxonne... Notre bouquet est pourtant associé à un vase en porcelaine de cette dernière, au décor “à la Watteau”, initié dès la fin des années 1730 à partir d’estampes françaises. Sur un fond de myosotis se détachent des scènes miniatures. Ici, une interprétation du Printemps de Nicolas Lancret, dont les deux figures féminines rappellent son Jeu de colin-maillard. Il revient enfin aux marchands merciers – ces commerçants en mobilier et en objets de décoration, qui, aux XVIIe et XVIIIe siècles, occupent à Paris une place essentielle dans l’orientation des goûts et des modes –, d’associer vase et bouquet. Auquel doit-on celui-ci ? Edme-François Gersaint, Thomas Joachim Hébert ou Lazare Duvaux ? Ces intermédiaires habiles entre fabricants et clients fortunés, qui ont bien souvent leurs entrées à la cour, savent sélectionner les artisans les plus brillants, importer les marchandises précieuses, satisfaire les goûts de leur clientèle fortunée, souvent les précéder et les provoquer. Lazare Duvaux (1703-1758) connut ainsi une réussite commerciale sans précédent. Certes grâce à l’arrivée de deux nouveaux clients, et pas des moindres, Louis XV et madame de Pompadour, qui à eux seuls lui permirent de doubler son chiffre d’affaires de 1749 à 1750. En dix ans, jusqu’en 1758, notre homme va vendre pour plus de 1,4 million de livres de marchandises, notamment des porcelaines de Vincennes et de Sèvres. Royales, forcément !

pot-pourri

Pot-pourri formé d’un vase en porcelaine dure de Meissen et d’environ quatre-vingts fleurs en pâte tendre de Vincennes, tiges en tôle peinte, monture de bronze doré (probablement de Duplessis),
époque Louis XV, h. 98 cm.

QUAND ?
Mercredi 9 avril 2014

OÙ ?
Salle 10 - Drouot-Richelieu.
Fraysse et Associés SVV. M. Fabre.

COMBIEN ?
Estimation : 60 000/80 000 euros

La Gazette Drouot n°13 du vendredi 4 avril 2014-Claire Papon


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