La Gazette Drouot
Un bronze de Bugatti
Un éléphant, ça trompe énormément ?

Eh bien oui, nous confirme ce bronze grand modèle de Rembrandt Bugatti,
qui comblera prochainement les amateurs. Bienvenue à la grande parade !

Perçus comme des créatures mythiques, les éléphants blancs d’Asie avivent au Moyen Âge le goût pour l’extraordinaire. Phénoménaux, gigantesques et rarissimes, ils se révèlent des cadeaux prestigieux, que les souverains orientaux envoient en Europe. Ainsi, Charlemagne devait établir une réserve à proximité d’Aix-la-Chapelle, dans laquelle Abul-Abbas, un magnifique éléphant blanc expédié par le calife de Bagdad, se taillait la part impériale. Le roi Pierre II du Portugal offre huit siècles plus tard un éléphant à Louis XIV ; vedette de la ménagerie royale, celui-ci entra au XIXe dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle. Animant l’Encyclopédie de Diderot, l’animal inspire aussi de nombreux artistes. Gustave Moreau le prend bien sûr pour modèle dans ses illustrations de fables de La Fontaine, dont Le Rat et l’Eléphant. Préférant l’étude sur le vif, les sculpteurs, eux, fréquentent assidûment les zoos et se constituent un fabuleux vivier, qui fait la part belle au réalisme animalier. Rembrandt Bugatti, fils de Carlo l’ébéniste et frère du célèbre constructeur d’automobiles, se passionne indubitablement pour la représentation des animaux. Installé à Paris en 1904, il signe dès l’année suivante un contrat d’exclusivité avec la fonderie Hébrard, qui pratique la cire perdue à tirage limité. Après avoir étudié au Jardin des Plantes, Bugatti part en 1907 à Anvers, invité par la Société royale de zoologie. Pendant quinze ans, l’artiste scrute quotidiennement les bêtes ; immortalisant la variété de leur comportement, il sait restituer une attitude passagère sans trahir leur nature profonde. Devenu un familier du zoo flamand, Rembrandt Bugatti les aime tant qu’il obtient même le droit de les nourrir et de les soigner… Notre éléphant blanc d’Asie, sculpté à cette époque, figurait en 1908 au Salon d’automne. Aussitôt reproduit dans la revue L’Art et les Artistes, il est bientôt édité en plusieurs tailles. Le grand modèle, dûment répertorié, comprend uniquement cinq épreuves. Notre exemplaire acheté chez Hébrard, quatrième du tirage, est toujours juché sur son socle en marbre d’origine ; certifié par Véronique Fromanger, il est de plus resté dans la même famille jusqu’à aujourd’hui. Avec un sens inné des proportions, le sculpteur singularise le pachyderme aux oreilles plus petites que son compère africain. Traduisant en toute fidélité le mouvement, il concilie avec brio observation naturaliste et sens du pittoresque. Les détails simplement ébauchés, comme les plis de la peau épaisse, accrochent parfaitement la lumière. L’éléphant est saisi au moment où sa trompe s’allonge énormément pour lui permettre de porter la nourriture à la bouche ou de tirer des objets. Le bronze magistralement campé manifeste sans faillir toute la puissance et l’énergie hors normes de l’animal. Ettore Bugatti le choisit d’ailleurs pour ces qualités, quand il crée au cours des années 1920 un spectaculaire bouchon de radiateur pour décorer la calandre de la célèbre Royale, la plus monumentale des voitures de luxe. Un bel hommage à Rembrandt Bugatti, qui voyait dans les animaux des amis de toujours.

bugatti

Rembrandt Bugatti (1884-1916), Eléphant blanc d’Asie, “il y arrivera”, vers 1907, bronze grand modèle, numéroté 4, signé “R. Bugatti “, cachet du fondeur A. A. Hébrard, fonte à la cire perdue, 42,5 x 77 x 22,5 cm sans le socle.

QUAND ?
Dimanche 8 décembre.

OÙ ?
Deauville. Tradart Deauville SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 500 000/600 000 euros.

bugatti
La Gazette Drouot n° 40 - 22 novembre 2013 -Chantal Humbert


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