La Gazette Drouot
Une toile de Achille Laugé
Collioure mise au point

Ou comment un port catalan est devenu un marqueur pour l’histoire de l’art,
grâce aux escales d’artistes tel Achille Laugé, adepte du divisionnisme

Henri Matisse, vite rejoint par André Derain, tombe sous le charme de Collioure durant l’été 1905. Bleu du ciel et de la mer, vert des vignes et des oliviers, ocre jaune des maisons... Usant des «couleurs qui sortent du tube», les deux artistes concentrent leur palette sur les tons purs et vifs – et établissent ainsi les bases du fauvisme. Le port catalan accueille ensuite d’autres peintres ; séduits par le site exceptionnel, ils aiment se donner rendez-vous au bar des Templiers. Parmi eux se range Achille Laugé, originaire d’Arzens, dans l’Aude. Délaissant des études de pharmacie, il choisit de se former aux Beaux-Arts de Toulouse, où il devient l’ami de Bourdelle. Les deux compères montent à Paris, où ils fréquentent les ateliers de Laurens et de Cabanel. Peu satisfait de l’enseignement académique, Laugé découvre l’art de Seurat et la pratique du pointillisme. Revenu en 1888 à Cailhau, un bourg proche de Limoux, il adopte dorénavant le divisionnisme des couleurs : employées à l’état pur, celles-ci sont juxtaposées en petites touches dansantes et scintillantes. Chaque note chromatique trouve son timbre, accordé à celui des notes voisines. Achille Laugé représente Cailhau et ses environs, les collines des Corbières ou encore les plaines du Carcassonnais. Fidèle en cela à la poétique impressionniste, il joue des effets changeants de la lumière selon les heures et les saisons. Il construira même, en 1905, une roulotte qu’il traîne à la force des bras pour mieux travailler en plein air. L’artiste peint aussi des portraits et des natures mortes d’une grande subtilité, comme on a pu le constater en 2010 lors d’une rétrospective au musée de Douai. Insensible aux honneurs d’une carrière parisienne, Achille Laugé est soutenu par un cercle d’amateurs rassemblés autour de La Revue méridionale, tels Achille Astre, Jean Alboize, Achille Rouquette et Albert Sarraut. Ce dernier, alors président du Conseil, lui fait rencontrer un financier languedocien.

serusier
Estimation : 20 000/30 000 euros.
Achille Laugé (1861-1944), Voiles blanches à Collioure, toile, 1928, 50 x 73 cm.
Toulouse, jeudi 8 novembre. Chassaing - Marambat SVV. Cabinet de Louvencourt - Sevestre - Barbé.
À cette époque, le peintre, âgé d’une soixantaine d’années, a encore beaucoup de mal à vivre de son talent. Lui offrant régulièrement gîte et couvert, l’homme d’affaires achète aussi des toiles, des pinceaux, des tubes... Bref, de quoi exercer son art. En remerciement, Achille Laugé lui donne des oeuvres.
Aujourd’hui, douze tableaux provenant de cette collection, inédits sur le marché, sont proposés aux amateurs. Notamment cette toile peinte lors d’une escapade à Collioure, où l’on retrouve la quintessence de l’art du peintre. La composition, construite par grandes lignes, élimine le pittoresque, l’anecdotique. Ainsi domine la fameuse tour ronde, accolée à l’église Notre-Dame des Anges ; telle une sentinelle, elle s’avance sur la mer, surveillant les allées et venues maritimes. À l’aide des fameux «confettis» et «treillis», Achille Laugé travaille habilement les plages colorées. Il joue aussi de toutes les nuances grâce à l’utilisation des couleurs primaires, le bleu, le rouge et le jaune. Modelant les tons chauds des maisons, la lumière réfléchit leurs reflets éclaboussant la surface de l’eau. Quant au soleil, il irradie la baie de splendides éclats jaunes. Grâce au papillotement des tons qu’unifie le mélange optique, apparaît un paysage d’une réalité naturellement mouvante. Le point, c’est tout !
La Gazette Drouot n° 37 - 26 octobre 2012- Chantal Humbert


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