La Gazette Drouot
Illustrations de Romain de Tirtoff
Erté et la reine de la nuit

Il a épousé son siècle, travaillant à la fois pour la mode et pour les cabarets parisiens. Joie, voici la première vente de la collection Hélène Martini !

Rien, a priori, ne destinait cet aristocrate russe à l’illustration ; on doit pourtant à Romain de Tirtoff les couvertures d’Harper’s Bazaar, de 1915 à 1937, et il demeure l’incontournable créateur de costumes et de décors pour le cinéma américain, le music-hall et les cabarets parisiens. Or, son élégante mère recevait les revues de mode, que Romain adorait regarder. Il rêvait devant ces femmes emmitouflées dans de somptueuses fourrures, parées comme des déesses hindoues ou arborant avec grâce d’évanescentes coiffures d’aigrettes. Ces visions marqueront son style. En 1912, il s’installe à Paris pour réaliser son rêve : être illustrateur de mode. Pour ne pas heurter ses parents, il adopte le pseudonyme d’Erté, ses initiales épelées en français. Il travaille un temps pour Paul Poiret, créant des robes de bal d’inspiration orientale, et s’oriente vers les costumes de théâtre, notamment pour une danseuse “exotique” nommée Mata Hari. Sarah Bernhardt et Anna Pavlova comptent parmi ses clients. En 1915, il signe un contrat avec Harper’s Bazaar et fournira quelque deux cent quarante couvertures et des dessins de mode. Il impose la silhouette longiligne et sinueuse d’une femme drapée dans des manteaux de velours rebrodés d’or et de perles, habillée de soie et de mousseline dansante. Tout l’intéresse, chaussures, bijoux, mais aussi la décoration intérieure. Erté possède l’instinct du théâtral. Brillant décorateur pour la scène, les ballets et l’opéra, il s’intéresse aussi aux formes de divertissements plus modernes, comme le cinéma et le music-hall. Entre les deux guerres, il travaille pour la Metropolitan Goldwin Mayer, les revues des Ziegfeld Follies, des George White’s Scandals et pour les Folies Bergère, fournissant également les décors et les costumes pour les Opéras de New York et de Chicago. Son nom est célèbre des deux côtés de l’Atlantique. Après-guerre, sa carrière est plus parisienne, mais tout aussi active. En 1954, il rencontre Hélène Martini. Une vive amitié naît entre ces deux expatriés russes. Ainsi décident-ils, une nuit, de créer un cabaret russe “pour prendre le thé agréablement”... Le Raspoutine devient très rapidement l’endroit à la mode. Erté collabore à tous les spectacles qu’Hélène Martini produit, décore ses appartements et réalise ses bijoux. La liste de ses cabarets épouse la carte de la nuit parisienne : La Nouvelle Ève, Le Narcisse, Raspoutine, Shéhérazade, Le Moulin rouge, Les Folies Pigalle... Les dessins de cette période, entre 1955 et 1962, constituent cette première des trois ventes de la collection – au total environ mille oeuvres d’Erté. Bientôt, grâce à Eric et Salomé Estorick qui lui organisent une rétros-pective dans leurs galeries de Londres et de New York – où le Metropolitan Museum acquit de nombreuses gouaches des années 1920, fait rare pour un artiste contemporain –, Erté brille de nouveau au firmament artistique. Andy Warhol le photographie à New York pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, en 1982. Ce travailleur infatigable réalisera les costumes pour Stardust (1987), la comédie musicale de 1987 qui enflamma Broadway – une de ses dernières créations.
revue

Revue “Les Femmes légères”, le Moulin rouge :
Les souriantes, le 11 juin 1957,
gouache, 36 x 27 cm.

QUAND ?

Samedi 8 juin 2013

OÙ ?
Salle 12 - Drouot-Richelieu.
Bailly-Pommery & Voutier SVV.


COMBIEN ?
Estimation : 600/800 euros

revue

Revue “Les Femmes légères”, le Moulin rouge :
Les souriantes, le 11 juin 1957,
gouache, 36 x 27 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 500/600 euros

La Gazette Drouot n° 21 - 31 mai 2013 - Anne Foster


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