La Gazette Drouot
Mobilier de ?Francisque Chaleyssin
Art déco lyonnais

Élégance et sobriété sont les maîtres mots de cet ébéniste lyonnais d’époque art déco. Francisque Chaleyssin nous livrera prochainement à Marseille deux de ses créations les plus abouties

Le grand expert et collectionneur, Félix Marcilhac, ne s’y était pas trompé. En effet, cette salle à manger moderniste signée Francisque Chaleyssin a fait partie de sa collection personnelle. Ce bahut et cette table figurent parmi ses plus belles créations. Il faut dire que l’ébéniste lyonnais baigna depuis tout petit dans le milieu, puisque son père fonda la maison Chaleyssin en 1867. Tapissier puis fabricant de meubles, il laissa la suite à ses deux fils, Joseph le gestionnaire et Francisque l’artiste. Comme bon nombre de ses collègues à cette époque, ce dernier lance sa production sous le signe de la copie des styles du XVIIIe siècle. Si l’art nouveau ne l’atteint pas, l’art déco ne le laissera pourtant pas insensible. Entretemps, la petite entreprise s’est développée en s’associant à la maison parisienne du faubourg Saint-Antoine, Mercier Frères. Les premières créations dans les années 1910 sont encore marquées par des réminiscences du style Louis XVI mais les changements s’annoncent durant la décennie suivante avec l’arrivée aux affaires en 1923 du gendre de Francisque Chaleyssin, André Ducaroy. L’art déco est alors en vogue. Il s’agit de ne pas rater le coche. Lors de l’Exposition universelle des Arts décoratifs de 1925, les deux hommes proposent des meubles en ébène du Gabon et décoration en argent et ivoire. Le succès les incite à poursuivre plus largement dans cette voie. Comme l’indique l’expert Thierry Roche dans son ouvrage sur Les Arts décoratifs à Lyon, 1910 à 1950 (Éd. Beau Fixe, 1999), Chaleyssin s’engage sur le chemin de la simplification : “Plus de fausses richesses, l’objet parfaitement adapté à sa fonction.” L’association entre les deux hommes est le secret de la réussite des années suivantes. Des formes modernes et géométriques, un peu dans le goût d’un Sornay, s’associent aux bois rares, aux matériaux précieux, au métal et aux décorations discrètes, à l’image de notre mobilier de salle à manger. De forme trapézoïdale, le bahut présente une structure en chêne cérusé à patine dorée ouvrant en partie centrale par quatre tiroirs à poignées en aluminium. De part et d’autre, quatre compartiments en loupe de myrte cerclés de métal s’ouvrent par un système de portes à rideaux. Quant à la table en chêne cérusé doré, elle présente un long plateau en loupe de myrte bordé d’aluminium, reposant sur quatre gracieuses sphères en bois noirci et sur deux montants pleins avec une entretoise basse à deux pans inclinés gainés de cuir rouge et d’aluminium. Un ensemble rare et convoité qui sera vendu en deux lots. Harmonie et élégance règnent sur leur mobilier qui séduira les grands noms de la région lyonnaise mais aussi de toute la France, à la pointe de la modernité.
L’année 1937 marquera l’une de leurs plus belles commandes, celle du mobilier de la préfecture commandé par Émile Bollaert, mais aussi la fin de leur association et le retour à une production plus classique. Quatorze années bénies des dieux des arts décoratifs !

chaleyssin

Francisque Chaleyssin (1872-1951), bahut en chêne cérusé, aluminium
et loupe de myrte, 98 x 270 x 61,5 cm.

QUAND ?
Mercredi 7 mai 2014

OÙ ?
Marseille. Leclere SVV. M. Roche

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/25 000 euros

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Francisque Chaleyssin, table de forme rectangulaire en chêne cérusé, loupe de myrte et aluminium,
74 x 200 x 100 cm (plus deux allonges de 84 cm), accompagnée d’une série de six chaises en chêne cérusé doré, h. 87 cm.



COMBIEN ?

Estimation : 30 000/35 000 euros

La Gazette Drouot n° 17 - Vendredi 2 mai 2014 - Caroline Legrand


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