La Gazette Drouot
Encres de Jiang Shanqing
À PARIS / Jeux d'encres

En mars dernier, on pouvait admirer à Art Paris Art Fair les œuvres de cet artiste chinois encore peu connu en France. Bonne nouvelle, une dizaine d’encres de Jiang Shanqing sont proposées à Drouot.

Avec leurs réseaux de lianes noires, leurs éléments de vitrail décomposé et leurs signes énigmatiques, les encres de Jiang Shanqing séduisent l’œil avant d’entraîner le spectateur dans les méandres du souffle de l’artiste. Il faut en effet parler de souffle pour évoquer le geste créateur, l’essence de la peinture chinoise traditionnelle. Au moment où toutes les formes d’expression plastique explosent en Chine, lui a choisi d’inscrire ses pas dans la lignée de Zang Daqian, Zao Wou-ki et Chu Teh-chun, ces derniers récemment décédés. Non, Jiang Shanqing ne tourne pas le dos à la nouveauté, il l’apprivoise délicatement, la transforme en treillis colorés, en mosaïques s’imbriquant dans un chatoiement digne des grandes rosaces de Chartres ou des improvisations de Kandinsky. Le peintre s’est aussi tourné vers Matisse et Klee, l’affirmation de la ligne noire, plus ou moins dense. Ces divers éléments puisés dans la peinture occidentale sont étroitement liés dans le geste plurimillénaire de la tradition picturale de son pays. Né en 1961 à Haining, dans la province de Zheijiang, Jiang Shanqing, dit aussi Jiang Qishao, a étudié auprès du maître Qian Juntao (1906-1998) l’art de la calligraphie, mais aussi la littérature, les techniques de l’imprimerie et le découpage, omniprésent dans l’art populaire. Avec peu de moyens, différents pinceaux, une palette étendue de gris, quelques taches de couleur, il idéalise la nature, comme dans la série des «Étangs de jardin», de 2005 à 2009. À la fois contenue et débordant d’une sorte de grille qui architecture la composition, celle-ci respire entre les pleins et les déliés, les plages évanescentes de couleur pour évoquer ici des feuilles de lotus, là, des arbres en fleurs ou encore des vallées et des monts. Tout est léger, vivant, subtil et éminemment travaillé. Jiang Shanqing compte parmi les grands ambassadeurs contemporains de la peinture à l’encre, est aussi un membre essentiel de la société des graveurs de sceaux de Xilin, notamment à Paris où il séjourne souvent. Si depuis les années 1980 il expose ses œuvres tant en Chine qu’à l’étranger, il est intéressant de souligner qu’il effectua ce parcours sans le soutien d’une galerie… Il a préféré une longue initiation pour mûrir son art, pour accomplir cette osmose entre l’esprit et le pinceau, visible dans ces deux peintures. L’une, Jue Wen, s’inspire de la calligraphie, à peine reconnaissable ; selon l’historien et critique d’art Alin Avila, «Certaines de ses œuvres sont des interprétations d’idéogrammes oubliés […] Il compose des poèmes visuels». La seconde, Mo Tu, exprime l’harmonie qu’il a su faire sienne entre la peinture occidentale et son héritage chinois. «Des circulations continues, ordonnées en résilles irrégulières», comme l’écrit Lydia Harambourg, délimitent à peine des vides suggestifs de paysages, transgressant les frontières de la figuration. Seul règne le souffle éternel de la nature – dans une maîtrise éblouissante.

obelix
Jiang Shanqing (né en 1961), Mo Tu, encre sur toile, 100 x 73 cm.

QUAND ?
Vendredi 6 juin 2014

OÙ ?
Salle 14 - Drouot-Richelieu.
Gros & Delettrez SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 25 000/30 000 €.

shanqing
Jue Wen, encre sur toile,
125 x 90 cm (détail).

COMBIEN ?
Estimation : 25 000/30 000 €.
La Gazette Drouot n° 21 - Vendredi 30 mai 2014 - Anne Foster


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