La Gazette Drouot
Une pendule d�but 19e s
EN RÉGIONS / À l’heure du «bon sauvage»

Quand l’Amérique est revisitée par les horlogers et bronziers.
Exotiques et esthétiques, ces pendules du début du XIXe siècle font régulièrement sonner les enchères !

Marie-Antoinette, reine toujours en avance sur la mode, devait aussi lancer la vogue des «pendules au nègre». En 1784, elle se fit livrer au château de Versailles, par les horlogers Furet et Gaudron, sa pendule «à la négresse enturbannée» représentant une nubienne en buste dont les yeux découvraient les heures. L’exotisme se tourne alors vers l’Afrique et le Nouveau Monde. Du néoclassicisme jusqu’à la période romantique de nombreux autres modèles, véritables morceaux de bravoure, furent créés, avec la collaboration des bronziers et des horlogers. Des chefs-d’oeuvre techniques, mais aussi d’inventivité. Hautes en couleur – bronzes dorés et patinés, émail parfois –, ces pendules proposent également des figures humaines et animales des plus originales. Il faut dire que la vision des Africains et des Américains par les Européens s’avère en quelque sorte bien floue ! Voyez donc notre Indien, vêtu d’un pagne et d’une coiffe de plumes, perché sur un char dirigé par un animal des plus étranges, à la fois dragon, lion et serpent. L’homme semble donner ses ordres tout en tirant sans peine quelques oiseaux. Sur la base, des enfants noirs s’adonnent à des tâches de leur vie quotidienne, chasse à l’arc et pêche notamment.... Le mythe du «bon sauvage» cher à Jean-Jacques Rousseau est passé par là.... Les Noirs auparavant simples esclaves deviennent un peuple mystérieux et primitif, qui éveille l’intérêt de la population cultivée du siècle des Lumières. Après le Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes, où dès 1755 le philosophe prône l’état de nature contre la société civile et la propriété, privant l’homme de son innocence et de sa pureté, adviendra l’abolition de l’esclavagisme, en 1793, mais suivront aussi le roman de Bernardin de Saint-Pierre en 1788, Paul et Virginie, puis Atala de Chateaubriand en 1801. Bref, l’Europe s’interroge sur ces êtres à la peau sombre, même si l’on s’attache plus au mythe qu’à la réalité. Ces peuples évoquent des pays méconnus, exotiques et primitifs. Toujours piqués de curiosité, les artisans s’emparent aussi de cette nouvelle sensibilité et de ces récits passionnés. Ils vont donner naissance à une nouvelle imagerie, faite d’hommes et de femmes noirs mis en scène dans des situations de leur quotidien.... quelque peu idéalisé par l’homme blanc occidental ! On peut voir des hommes poussant des tonneaux ou une balle de coton, une femme portant son enfant, des scènes de bateaux, des hommes montés sur des chameaux, mais aussi des scènes romantiques. Le bronzier Jean-Simon Deverbery est considéré comme le créateur d’une grande partie de ces modèles. Le nôtre se rapproche de la figure allégorique de l’Amérique. Deux exemplaires similaires sont illustrés dans
l’Encyclopédie de la pendule française du Moyen Âge au XXe siècle de Pierre Kjellberg (éd. de l’Amateur), dont un provenant du musée François-Duesberg, à Mons, en Belgique, un troisième étant conservé au musée du Nouveau Monde à La Rochelle.
Une image d’un paradis, perdu ou imaginaire....
à portée d’enchères !

horloge

Début du XIXe siècle.
Pendule «au chasseur amérindien assis sur un char» en bronze doré, mouvement signé «Rocquet à Paris»,
50,5 x 37,5 x 15 cm.

QUAND ?
Mercredi 4 novembre 2015




OÙ ?
Toulouse.
Marc Labarbe SVV


ESTIMATION ?
120 000/25 000 €

horloge
(autre vue)
La Gazette Drouot n° 36 du vendredi 23 octobre 2015 - Caroline Legrand


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