La Gazette Drouot
Un Bas relief
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Femme savante et gracieuse
Cette séduisante allégorie de l’Astronomie, due au "Fragonard de la terre cuite",
devrait faire tourner bien des têtes. Vertiges d’enchères assurés...
Adjugé 50 400 euros frais compris.
Claude Michel, dit Clodion (1738-1814), Allégorie de l’ Astronomie, bas-relief en terre cuite, signé en bas à gauche et daté, en bas au centre, "An XII", 44 x 35,5 cm avec l’encadrement.
Mayenne, dimanche 4 juillet 2010.
Pascal Blouet SVV. M. Froissart.
Lorsqu’on évoque l’art de Clodion, on pense à ses nombreux satyres et bac-chantes amoureusement enlacés. Mais, parallèlement aux galantes statuettes, notre artiste réalisa aussi de grands sujets monumentaux, participant à d’importantes entreprises architecturales. Apparenté à la famille des sculpteurs lorrains Adam, Claude Michel, dit Clodion, reçoit une solide formation académique auprès de son oncle Lambert-Sigisbert Adam, puis de Jean-Baptiste Pigalle. S’il étudie le modèle vivant, le jeune homme travaille les plâtres d’après l’antique, tout en approfondissant ses connaissances intellectuelles. Grand Prix de sculpture en 1759, il part pour l’Académie de France à Rome. Le succès ne se fait pas attendre et il devient en Italie un modeleur habile de charmantes terres cuites.
Enlevées et empreintes de verve mutine, elles agrémentent les cabinets de collectionneurs fortunés. Regagnant Paris en 1771, agréé deux ans plus tard à l’Académie, Clodion entame dès lors une brillante carrière artistique, briguant de devenir un éminent sculpteur monumental. Auteur des sculptures de l’autel Sainte-Cécile au nouveau jubé de la cathédrale de Rouen, il exécute aussi, en 1783, une statue grandeur nature de Montesquieu, destinée à la Grande Galerie du Louvre, et, sous la houlette de François-Joseph Bélanger, travaille à la salle à manger du comte d’Artois au château de Maisons... L’activité monumentale de Clodion se poursuivra au début du XIXe siècle : l’artiste est apprécié de Vivant Denon et de l’architecte Chalgrin, responsable du Palais du Luxembourg. Concourant sous l’Empire à plusieurs chantiers, il sculpte ainsi une colossale statue néoclassique figurant Caton d’Utique, qui doit orner la salle des délibérations du Sénat. À cette même époque, il reçoit une commande d’un notable polonais, Joseph Jablonowski : dans une lettre datée du 6 août 1803, celui-ci donne au sculpteur des instructions précises concernant une statue de Nicolas Copernic, bronze destiné à Torun, la ville natale du savant astronome. L’artiste doit par exemple portraiturer Copernic selon une estampe du graveur François de Lalande. Totalement inédit et daté 1804, notre bas-relief fait probablement référence à la statue – qui n’a pas été exécutée. S’agit-il d’un projet d’ornement du piédestal ? Quoi qu’il en soit, l’artiste représente ici Uranie, sous les traits d’une jolie jeune femme. D’une beauté à la fois limpide et troublante, elle volète gracieusement dans les airs ; elle est habillée de draperies légères, finement plissées et traitées en minces banderoles, laissant un sein apparent...
La muse pétulante, l’aimée d’Apollon, rayonne dans tout l’éclat de sa jeunesse, brandissant un cadran solaire. C’est aussi une allusion au système astronomique érigé par Copernic : désormais planète comme les autres, la Terre n’occupe plus le centre de l’univers et, tournant sur elle-même, elle produit l’alternance du jour et de la nuit...
Esprit, fougue et élégance distinguent notre bas-relief jouant des rythmes plastiques. Illustrant la dernière manière de Clodion, il révèle au total la virtuosité accomplie du sculpteur, souverain dans l’art de la terre cuite.
Chantal Humbert
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