La Gazette Drouot
3 toiles de Lin Fengmian
EN RÉGIONS / Cubisme à la mode chinoise

Trois toiles signées Lin Fengmian mettent en lumière le talent de ce peintre, chantre de la modernité en Chine, devenu une référence majeure de la peinture du XXe siècle.

Lin Fengmian est un précurseur. Alors que depuis plus d’une décennie, la peinture chinoise du XXe siècle a amorcé une ascension vertigineuse sur le marché de l’art, son nom a été prononcé à de nombreuses reprises... au point de devenir littéralement incontournable. Et si ses propres oeuvres atteignent des sommets, que dire de celles de ses célèbres élèves Chu Teh-chun et Zao Wou-ki ? Lin Fengmian a ainsi joué un rôle majeur dans les arts chinois, tant par son propre travail que par le précieux enseignement transmis, à partir de 1926, à l’école spéciale nationale des arts de Pékin puis, à partir de 1928, à l’école nationale des beaux-arts de Hangzhou. Devenu directeur de l’académie, il est alors un modèle de réussite pour ses jeunes élèves, une source d’inspiration. Né à l’aube du nouveau siècle, Lin Fengmian est originaire de Meixian, dans la province du Guangdong, au sud-est du pays. Son père, tailleur de pierre, l’initie à la peinture et à la calligraphie traditionnelles. Une vocation est née. Elle le conduira irrémédiablement vers les études artistiques, entamées dans son pays puis poursuivies à Paris. Le jeune peintre est alors l’un des tout premiers artistes chinois à effectuer ce long voyage, motivé comme d’autres par une volonté d’ouverture vers l’Occident, manifeste depuis la chute de l’empire en 1911, et devenue possible après la Première Guerre mondiale. Leur quête ? La modernité. Tout un pan nouveau des arts se livre à Lin Fengmian, de l’enseignement purement académique et technique des beaux-arts aux avant-gardes picturales en pleine effervescence dans la capitale française, avec le fauvisme et le cubisme propulsés par Derain, Matisse ou Picasso. Après les beaux-arts de Dijon et de Paris, il poussera ses pérégrinations jusqu’en Allemagne. En 1924, il participe par ailleurs à Strasbourg, avec les autres membres de la société Phébus, à une exposition d’art chinois, où il rencontrera le réformateur Cai Yuanpei, qui lui offrira deux ans plus tard le poste de directeur de l’école de Pékin. C’est Fernand Cormon qui lui enseigne la technique de la peinture à l’huile, totalement étrangère à la tradition asiatique, tournée vers l’encre et l’aquarelle. Des leçons mises à profit dans la production de l’artiste dès les années 1930 et surtout dans les années 1950. Lin Fengmian, installé à Shanghai, connaît alors une période très féconde, comme en témoigne cette Beauté défiant la tyrannie, tirée de la célèbre et très prisée série des scènes d’opéra chinois. Décrivant cet art ancestral, le peintre utilise une technique très occidentalisée, avec une influence visible du cubisme mais aussi l’emploi de l’huile. Cette toile d’une modernité et d’une originalité rares sera entourée, lors de cette vente cannoise, de deux oeuvres d’une douceur tout asiatique : une Musicienne jouant du Guqin et une Femme assise et vase de fleurs, à l’encre et couleurs sur papier, attendues chacune à 120 000/180 000 euros. Rapporté de Chine par une famille française dans les années 1960, une trilogie révélatrice de la création de Lin Fengmian.

musicienne

Lin Fengmian (1900-1991) Musicienne jouant du Guqin, encre et couleurs sur papier, signée en bas à gauche avec cachet rouge, bordure soie, 76,2 x 73,5 cm.

QUAND ?
Jeudi 4 juin 2015

OÙ ?
Cannes. Azur Cannes Enchères SVV.
François Issaly & Julien Pichon. M. Ansas, Mme Papillon d’Alton.

COMBIEN ?
Estimation : 120 000/180 000 euros

Lin Fengmian, Série des Opéras.
Beauté défiant la Tyrannie, huile sur toile signée en bas à gauche dans le costume, 61 x 49,6 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 180 000/250 000 euros

La Gazette Drouot n° 19 du vendredi 15 mai 2015 - Caroline Legrand


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