La Gazette Drouot
Arts et Crafts et Sécession
Arts & Crafts et Sécession

Un acteur influent du monde de la mode a fait appel à François-Joseph Graf pour aménager son appartement. Résultat ? Un hommage aux avant-gardes de la fin du XIXe siècle

Les Anglais nomment ce style de décoration “period rooms”. Pour recréer les atmosphères d’un style, il est nécessaire d’avoir les objets typiques de l’époque, mais aussi de réinventer les petits riens justifiant le tout, tapis, tentures, rideaux, bibelots... François-Josef Graf est l’un des grands spécialistes de ces mises en scène qu’on jurerait être nées avec le temps. Il a oeuvré pour la Biennale des antiquaires, le musée des arts décoratifs de Paris, et pour des particuliers bien nantis. Ici, l’architecte décorateur d’intérieurs et son client ont choisi les mouvements d’avant-garde de la fin du XIXe siècle, des Arts & Crafts à l’exubérance de l’art nouveau français, en passant par la rigueur de la Sécession viennoise. Ces mouvements, un rien utopistes, voulaient associer le beau, le bien fait et des prix abordables. Le “total look” aussi. William Morris et ses amis conçoivent le mobilier tout comme la dinanderie, les tissus, tapisseries et les papiers peints, mais encore des caractères typographiques et des reliures, des poteries et de l’argenterie... Ouvert aux industries respectant ses concepts, Morris travaille avec William Arthur Smith Benson (1854-1924), qui s’intéresse au travail du métal et au luminaire dès les années 1880 ; il est même considéré comme le pionnier de l’éclairage électrique en Grande-Bretagne. Une suite de quatre appliques en bronze doré, à motifs de gui et soutenant des toupies en verre anisé à stries opalescentes, témoigne de la simple élégance des formes adaptées à la fonction : donner de la lumière, qu’elle soit au gaz ou électrique. Elle est aujourd’hui estimée 7 000 euros. En Belgique, les mouvements art nouveau hésitent entre la luxuriance des créations françaises et la rigueur chère aux artistes de la Sécession viennoise. La voie médiane paraît être indiquée par cette lampe manufacturée par la Compagnie des Bronzes de Bruxelles, société fondée en 1854. Louis Dupont, dans le compte rendu de l’Exposition universelle de 1878 à Paris, fait l’éloge de la qualité des productions de la fabrique : “Il fallait former des dessinateurs et des modeleurs en même temps que des ouvriers habiles, pour arriver à rivaliser avec Paris. L’entreprise était ardue. [...] À Bruxelles, au contraire, la Compagnie était et est encore seule à innover. Que d’efforts d’imagination n’a-t-il pas fallu à ses artistes pour triompher de cet isolement !” À la suite de celle de Berlin, fondée en 1892, et de celle de Munich l’année suivante, des artistes oeuvrant à Vienne, notamment Josef Hoffmann, Gustav Klimt et Koloman Moser, lancent la Sécession viennoise en 1897, autre héritière du mouvement né en Angleterre. Le salon ici reproduit annonce déjà la rupture de Moser et d’Hoffmann avec ce groupe, pour fonder les Wiener Werkstätte, plus rigoristes. Les dossiers incurvés et renversés si séduisants, encore présents ici, ne seront bientôt plus acceptés. Moser fournira sur le modèle d’une grille en noir et blanc du mobilier, de l’argenterie et autres menus objets... De quoi inspirer les artistes de l’UAM, quelques décennies plus tard.

meissen

Compagnie des bronzes de Bruxelles.
Lampe, bronze à patines brune et dorée et métal patiné, fût de forme rouleau,
piètement quadripode, h. 66 cm.

QUAND ?
Vendredi 4 avril 2014

OÙ ?
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu.
Millon & Associés SVV. M. Denis.

COMBIEN ?
Estimation : 3 000/ 4 000 €

meissen
Koloman Moser (1868-1918).
Salon comprenant un canapé et deux fauteuils en hêtre teinté acajou, canapé 76 x 137 x 70,
fauteuils 76 x 80 x 70  cm

COMBIEN ?
Estimation : 10 000/15 000 €
La Gazette Drouot n° 12 du vendredi 28 mars 2014- Anne Foster


 
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