La Gazette Drouot
Un portrait de �ric Forbes-Robertson
Un Anglais à Pont-Aven

Un beau portrait de garçonnet éclairera l’oeuvre d’Éric Forbes-Robertson, qui fit partie du premier cercle
de Gauguin. Sur les traces de “John le Celte”

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Pont-Aven devient le port d’attache de peintres désireux de chambouler les théories artistiques. L’aventure commence en 1861 avec sept artistes américains, qui, refusés à l’école des Beaux Arts de Paris, partent pour le bourg breton. Logeant à l’Hôtel des voyageurs, ils en font leur résidence d’été, parfois même d’hiver. Ils y attirent aussi d’autres peintres anglo-saxons, tout autant à la recherche d’exotisme que de motifs à peindre. Parmi eux, Éric Forbes-Robertson, fils d’un critique d’art très lié au milieu culturel londonien. Entré en 1883 à la Royal Academy, il séjourne en 1889 à Paris, où il rencontre deux compatriotes, Robert Bevan et James Henry Donaldson. Dès l’été suivant, les trois compères se rendent à Pont-Aven. Le groupe d’artistes gravitant autour de Gauguin et de Sérusier adopte aussitôt Éric Forbes-Robertson. Vite populaire, celui-ci se fait régulièrement photographier entouré de ses confrères. Référence à ses racines britanniques, il reçoit même le surnom de “John le Celte”. Armand Seguin réalise son portrait, de même qu’Émile Bernard en 1892, Paul Gauguin le dessinant, deux ans plus tard, affublé d’un béret sur la tête. Avec eux, il présente deux tableaux chez Le Barc de Boutteville, à Paris, lors de l’exposition des impressionnistes et symbolistes. Adhérant avec enthousiasme au synthétisme, Éric Forbes-Robertson use de couleurs pures, de raccourcis audacieux et de mises en page originales. S’il a rempli cinq carnets de dessins, aujourd’hui déposés au Victoria and Albert Museum, il aime peindre sur le motif des paysages souvent travaillés en touches divisionnistes. Bien entendu, il reprend la simplification des formes chère à l’école de Pont-Aven. L’artiste réalise aussi des portraits d’enfants fort bien sentis. Il y fait preuve d’une empathie réelle avec les petits modèles, comme l’illustre une toile peinte en 1893 et maintenant conservée à Leicester, au New Walk Museum & Art Gallery. Notre effigie, datée deux ans plus tôt, provient d’une succession normande. Bien campée, elle représente probablement un jeune écolier breton, revêtu d’une blouse noir. Inédite sur le marché, elle combine habilement diverses influences. L’accidentel et l’anecdotique sont éliminés, pour transcrire l’essentiel à la manière synthétiste. La sobriété des couleurs met en valeur la beauté délicate, ainsi que la retenue du garçonnet. Il se détache d’un fond jaune d’or rappelant les primitifs italiens. À cette époque, Éric Forbes-Robertson s’est rapproché de Charles Filiger ; renouant avec l’art médiéval et la peinture d’icônes, ce dernier transcrit des portraits aux formes épurées, aux yeux grands ouverts en quête d’un improbable absolu. Ici, la lumière glisse sur le visage du garçonnet, cisèle les détails naturalistes avec une précision extraordinaire, conférant une présence réelle au modèle. Économie de mouvement, pénurie d’accessoires et austérité du décor renforcent aussi une impression de sérieux. Se détachant du fond doré, les tonalités noir, blanc et ocre avivent un authentique portrait de caractère – admirable de réalisme et d’émotion retenue.

forbes_robertson

Éric Forbes-Robertson (1865-1935),
Enfant breton, 1891, huile sur toile signée et située à Pont-Aven, 35 x 27 cm.

QUAND ?
Samedi 3 mai 2014

OÙ ?
Brest. Thierry - Lannon & Associés SVV

COMBIEN ?
Estimation : 8 000/10 000 euros

La Gazette Drouot n°16 du vendredi 25 avril 2014 - Chantal Humbert


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