La Gazette Drouot
Aquarelle de Foujita
Foujita intime
Vous connaissez ses portraits de jeunes femmes et de chats. Changement de décor
et place aujourd’hui à des oeuvres de la collection de son ami Georges Grosjean. Inédit !
Une vingtaine de tableaux et de gravures prennent le chemin des enchères. On trouve là, bien sûr, quelques portraits de jeunes femmes, d’enfants, de chats et des souvenirs de voyages. Mais aussi un portrait de notre collectionneur en 1953 (15 000/20 000 euros), une vue de sa maison du Pilat, La Bécassière (1951, 8 000/12 000 euros), et une aquarelle plutôt espiègle illustrant la remise de la Légion d’honneur à Grosjean, en 1950. Cela fait bien longtemps alors que l’artiste a posé ses valises et ses pinceaux en France. Fils d’un médecin général de l’armée japonaise, Tsuguharu Foujita n’a que quinze ans quand il entre à l’école des beaux-arts de Tokyo, section «peinture européenne». En 1910, il expose ses premières oeuvres dans la capitale japonaise ; trois ans plus tard, il débarque à Paris. Ses amis se nomment Georges Braque, Max Jacob, Moïse Kisling, Ossip Zadkine... Au cubisme d’un Pablo Picasso, il préfère l’univers du Douanier Rousseau. Après un séjour à Londres, il retrouve Paris en 1915 et s’installe cité Falguière, à Montparnasse, aux côtés de Soutine et de Modigliani. La reconnaissance se traduit deux ans plus tard par deux expositions. D’autres suivront, où l’on admire ses nus aux lignes fluides et à la gamme chromatique restreinte. Son modèle, alors, est la célèbre Kiki. Le succès de notre peintre va grandissant. Il est de toutes les fêtes de Montparnasse, soigne son allure d’autant de raffinements que sa peinture. En 1925, il arbore la Légion d’honneur, l’année suivante L’Amitié entre au musée du Luxembourg. Mais, les jours sombres s’annoncent à la fin de 1929. Ruiné par le fisc et la crise, Foujita quitte la France pour le Japon après avoir payé ses dettes, confiant son épouse Youki à son ami Robert Desnos. Il ne reviendra, définitivement, qu’en 1950. Lors de sa conversion au catholicisme, à 73 ans, il choisit pour prénom de baptême Léonard, en hommage à Vinci. Quelques années plus tôt, il a épousé une belle jeune femme de trente-cinq ans sa cadette, Kimiyo, qui lui voue autant d’admiration que de passion. Pour le peintre, elle est une inépuisable source d’inspiration. Si l’oeuvre de Foujita a toujours été ponctuée de «verts paradis des amours enfantines», de beautés féminines au teint de porcelaine, de chats cernés de lignes minutieuses et de vierges longilignes, reconnaissables entre tous, sa vie fut aussi rythmée de rencontres et de voyages : Japon, Amérique Latine, Chine, Afrique du Nord, Espagne et France, bien sûr.
Adjugé 9 500 euros au marteau.
Léonard Tsuguharu Foujita (1886-1968), Retour d’Espagne, 3e fois à Bordeaux, 1952, aquarelle et encre sur papier, 13,5 x 20,5 cm.
Mardi 3 avril 2012, 15 h. Hôtel Salomon de Rothschild. Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
C’est au lendemain de la Seconde Guerre mondiale – une période difficile pour l’artiste à qui l’on reproche sa participation au militarisme japonais, ses scènes aux héros tragiques – qu’il fait la connaissance de Georges Grosjean, l’un des fondateurs du journal Sud-Ouest, venu interviewer le général MacArthur au pays du Soleil-Levant. Grâce à ce dernier, le peintre obtient son passeport pour les États-Unis. Après quelques mois à New York, où il enseigne aux élèves des beaux-arts de Brooklyn, il rejoint la France, avec l’aide du journaliste, intervenu auprès du président Auriol. L’arrivée au Havre, le 14 février 1950, sera triomphale. Son ami est bien sûr là, qui l’accueille. Georges Grosjean l’invite aussi dans sa maison d’Arcachon, «La Bécassière». Un refuge pour l’artiste, qui trouve au Pilat repos et sérénité, goûtant les moments joyeux aux côtés de son hôte, de sa femme et de leurs enfants, Annie et Tony, dont il exécute un jour en cachette les portraits, avant de les glisser dans la valise du journaliste qui part en voyage... Pêche, marche, bricolage, confection d’un théâtre de marionnettes, récits et histoires, on sait se détendre au Pilat. C’est de Georges Grosjean que Foujita apprend, le 28 octobre 1955, sa naturalisation française, en sa présence qu’il est baptisé dans la cathédrale de Reims, le 14 octobre 1959. L’amitié entre les deux hommes sera forte, fidèle et précieuse. À l’image du lien avec la France de celui qui fit «plus de quatre fois le tour du monde»...
Adjugé 19 000 euros au marteau
La remise de la Légion d’honneur à Georges Grosjean, 1950, aquarelle et encre sur papier, 25 x 31 cm.
Mardi 3 avril 2012, 15 h. Hôtel Salomon de Rothschild. Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.
La Gazette Drouot n° 13 - 30 mars 2012 - Claire Papon


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