La Gazette Drouot
Succession Yves Revelli
EN RÉGIONS / Artiste et collectionneur

En quelques lots provenant de sa succession, Yves Revelli nous mène au coeur de la création artistique espagnole de la première moitié du XXe siècle. Partons à sa découverte.

Yves Revelli (1898-1971) rêve dès l’enfance de faire une carrière qui allie à un goût pour les civilisations anciennes ses aspirations exotiques. Ce sera chose faite en embrassant la diplomatie. Consul à 22 ans, il occupe divers postes, parcourant ainsi le monde. Attiré par la création artistique, il s’initie à la lithographie, puis à la céramique en Extrême-Orient. Pendant plus de trente années, il enchaîne les missions diplomatiques tout en s’adonnant aux arts, plus spécialement à la sculpture. Fasciné par la troisième dimension, il la travaille en bustes, en masques et en statuettes le plus souvent façonnés en bronze. Une quinzaine de ses créations, provenant de la succession familiale, sont attendues entre 500 € et 2 000 €, cette somme s’affichant par exemple sur une Jeune Fille asiatique au chignon. Puis Yves Revelli regagne
l’Europe et s’établit en Espagne, séjournant régulièrement à Palma de Majorque. Affable et convivial, il devient vite l’ami de plusieurs sculpteurs appartenant au mouvement cubiste, tels Eduardo Diaz Yepes, un artiste uruguayen, et surtout Manolo, qui pratique une statuaire figurative imprégnée d’une verve populaire. Revelli fait partie du cercle artistique de la Campana de San Gervasio et expose, grâce à l’écrivain catalan Eugenio d’Ors, à Madrid, puis dans d’autres villes. Également amateur d’art, il collectionne avec rigueur et passion des objets, reflets de ses inclinations. Retenons d’abord une pièce unique de Joan Miró : datée 1945, elle se range parmi les premiers essais céramiques du surréaliste, puisqu’elle a été créée en collaboration avec Josep Llorens Artigas (20 000 / 25 000 €). La même année, Yves Revelli achète à ce dernier un impressionnant Masque de Picasso, oeuvre de Pablo Gargallo témoignant de l’amitié forte qui l’unissait à son grand compatriote. Aragonais de naissance, Pablo Gargallo étudie les beaux-arts à Barcelone, où il rencontre souvent Pablo Picasso au fameux cabaret Els Quatre Gats. Venu à Paris en 1907, il passe sa première nuit au Bateau-Lavoir dans l’atelier de Picasso, où il voit de nombreuses études des Demoiselles d’Avignon. Elles vont l’inciter à se lancer avec plus de hardiesse dans la recherche de formes insolites. De Paris à Barcelone, l’art ibérique ose alors tout et s’ouvre à diverses influences sans s’y enfermer : expressionnisme, masques nègres... Six ans plus tard, Pablo Gargallo sculpte le Portrait de Picasso âgé d’une trentaine d’années, qui connaît aussitôt un renom international. Il en fait un moulage d’après l’original en pierre, aujourd’hui conservé à Barcelone, au Museo de Arte Moderno, pour ensuite le transformer en masque. Notre exemplaire certifié et inédit sur le marché n’a jamais quitté la descendance d’Yves Revelli. Associant cubisme et expressionnisme, il met en valeur deux détails propres à Pablo Picasso, son rictus et sa longue mèche. Autour d’eux, Pablo Gargallo construit le visage du peintre dans un ballet stupéfiant d’harmonie, qui en fait l’un des précurseurs de la sculpture moderne.

revelli

Pierre-Henri Garnier-Salbreux (1880-?), Portrait d’Yves Revelli, fusain et craie
sur papier, signé en bas à droite, 59 x 46 cm.


QUAND ?

Samedi 2 mai 2015

OÙ ?
Antibes. Carvajal SVV

COMBIEN ?
Estimation : 200/300 €

revelli
Pablo Gargallo (1881-1934),
Masque de Picasso, bronze à patine brune,
20,5 x 19,5 x 14,5 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 30 000/50 000 €

La Gazette Drouot n° 16 du vendredi 24 avril 2015 - Chantal Humbert


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