La Gazette Drouot
Deux toiles de Jacques de Lajoüe
EN RÉGIONS / Le rocaille personnifié

Avec deux toiles formant pendants, Jacques de Lajoüe nous fait revivre l’ambiance de la cour du roi Louis XV. Volutes et galanteries garanties !

Le nom de certains artistes incarne littéralement une époque ou un style. C’est le cas de Jacques de Lajoüe, avec l’art rocaille sous Louis XV. Ce sont d’ailleurs des ornemanistes – tout comme lui – qui furent à l’origine de la création puis de la diffusion de ce style, tels Oppenordt, Meissonnier et Pineau. Avec la fin du règne de Louis XIV, l’assouplissement de l’étiquette et une forme de liberté retrouvée dans un mode de vie plus léger et féminin, le besoin de faire évoluer l’art et la décoration des nouveaux intérieurs vers plus d’intimité se fait sentir. Jean-Antoine Watteau et ses premières scènes galantes firent rapidement des émules, dont François Boucher ou encore Jean-Honoré Fragonard, qui laissent de charmantes scènes mythologiques ou plus intimistes, habitées de chérubins et de couples amoureux. Jacques de Lajoüe s’inscrit dans leur sillage. Malgré une production riche et complète, malheureusement peu de choses sur sa vie nous sont connues (source : Marianne Roland Michel, Lajoüe et l’art rocaille, Arthena, 1984). Fils d’un architecte parisien, il eut trois soeurs et un frère. Si l’on ignore le nom de son maître, on le sait aspirant à la maîtrise de l’académie de Saint-Luc en 1712. Il sera reçu à l’Académie royale en 1721, grâce à deux paysages. Par la suite, il établit son magasin d’estampes et peintures quai Pelletier, puis rue de Condé. Une grande partie de son travail est vouée aux ornements et aux grands décors. Ses clients sont célèbres, à l’image du comte de Toulouse, pour qui il réalise dans les années 1730 plusieurs peintures pour ses appartements de Versailles, du duc de Mortemart, de Bonnier de la Mosson, du duc d’Antin – à qui il dédie son Livre nouveau de douze morceaux de fantaisie publié en 1735 –, de la duchesse de Mazarin ou encore de l’incontournable inspiratrice de cette époque, Madame de Pompadour. L’art de Lajoüe est certes très apprécié autour de 1740.
L’artiste en profite pour publier plusieurs ouvrages de référence, dont Livres d’architecture, paysage et perspective et Tableaux d’ornements et rocailles. Par ailleurs, 478 oeuvres figurent au catalogue raisonné de l’artiste, comme autant d’exemples d’un répertoire ornemental rocaille décliné à loisir, aussi bien dans ses peintures que dans ses décors. Notre paire de toiles en fait partie. La vue avec la fontaine est signée de l’artiste, l’autre serait celle répertoriée dans la monographie, sous le titre Le Canal (numéro P. 230). Il est précisé que ce tableau serait passé par la galerie Cailleux à Paris vers 1930. Jusque-là il n’était connu que par une ancienne photographie, mais aussi par une réduction en largeur (P.231). Des scènes galantes, des sculptures rocailles en marbre et des architectures aux dynamiques circonvolutions, mais aussi des motifs du plus pur rocaille... au sens premier du terme, c’est-à-dire à la forme déchiquetée et contournée rappelant les volutes des coquillages. Ainsi, que l’on regarde les fontaines figurant des personnages marins hybrides tenant une coquille, l’écusson tenu par le lion ou bien le treillis supportant les foisonnants feuillages, tout n’est que mouvement et vie.

miklos

Jacques de Lajoüe (1686-1761), Scène galante dans des caprices architecturaux, paire de toiles en pendants, 122 x 140 cm.

QUAND ?
Dimanche 1er mai 2016

OÙ ?
Doullens, Denis Herbette SVV

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 € la paire

art d�co
Détail
La Gazette Drouot n° 17 du vendredi 22 avril 2016-Caroline Legrand


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