La musique adoucit les mœurs

Le 30 mai 2019, par Claire Papon et Anne Foster

Ce vase en céramique de la culture Maya du Guatemala ponctue la fin d’une partition dévolue à une collection new-yorkaise d’art précolombien.

Culture Maya, nord-est du Peten, Guatemala, 600-900 apr. J.-C. Vase en céramique polychrome à décor de scène mythologique aux musiciens, h. 23,5, diam. 13 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

On dit souvent que la nature a horreur du vide… Chez les Mayas, c’est une évidence. Si les glyphes ne suffisent pas à couvrir l’espace vacant, on fait appel à toutes les ressources de l’iconographie et aux symboles. Ce vase de la région du Peten, au nord du Guatemela, est orné d’une bande commentant la scène qui se déroule sur le corps de la pièce. Celle-ci se lit presque comme une bande dessinée… Un jeune homme est assis sur un large trône. Sa tête, parée d’un long ornement d’oreille, est couronnée d’une grande coiffe maintenue par une sorte de diadème à l’effigie de Sak Hinal, le «dieu bouffon» aux traits de dragon associé à la couleur blanche ; sa bouche entrouverte laisse apparaître des incisives en forme de dents de requin et à ses pieds, un grand plat contient un ballot enveloppé par un linge. Derrière lui, une incarnation d’Itsam aspect d’Itzamna, dieu du ciel, de la nuit et du jour à qui l’on doit l’invention de l’écriture , personnifiée par un vieillard coiffé de l’effigie du dragon-nénuphar et flottant au-dessus du sol, présente une écuelle contenant la tête de Hunal. Face à eux, trois personnages sortent d’une montagne personnifiée par le dragon Wits («cascade»), créature au petit nez distinctif des serpents et au museau allongé comme un bec d’oiseau. Trois d’entre eux sont musiciens et jouent de la carapace de tortue, d’un tambour et de hochets, le dernier, comédien, étant armé d’un javelot et d’une rondache. Il est juché sur des échasses dont le bruit, pendant la danse, permet d’invoquer le tonnerre, son visage dissimulé par un masque figurant Chaak. Dieu de la pluie, celui-ci personnifiait aussi le vent, l’orage et la foudre, les semences du maïs. Représenté sous quatre couleurs et aspects différents, Chaak symbolisait les points cardinaux. Une sorte de boussole pour aider les enchérisseurs à ne pas perdre le nord…

Agenda
Ce nouvel opus dédié à l'art précolombien se compose de 80 lots provenant d'une collection américaine (voir Événement Gazette n° 20, page 12). Quelques belles batailles d'enchères sont prévues, tant sur des céramiques que sur des figures en pierre. La plus haute marche du podium devrait voir se disputer un grand récipient en forme de félin en serpentine gris-vert de la culture xochipala (Mexique), estimé 250 000/300 000 €, une grande figure debout (en serpentine vert foncé) de la culture olmèque de l'État du Guerrero dont 200 000/300 000 € sont demandés, et un masque funéraire mochica (nord du Pérou) en bois avec reste de polychromie, annoncé à 200 000/300 000 € (voir couverture Gazette n° 19, page 6). La couverture du catalogue revient à un personnage debout olmèque (région de Puebla, Mexique, 900-400 av. J.-C.), en jadéïte vert-bleu teinté de beige, pour lequel il faudra engager 100 000/125 000 €. Une enchère d'altitude semblable est prévue sur un groupe en céramique brune (et restes de pigment bleu) maya (île de Jaina, 600-900 apr. J.-C.) représentant la déesse de la lune Ixchel et son compagnon.
jeudi 06 juin 2019 - 04:00 - Live
Salle 7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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