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Sculpture : le chef-d’œuvre retrouvé de Rossi

Publié le , par Philippe Dufour

Maillon essentiel dans la production du célèbre sculpteur génois Angelo de Rossi, un merveilleux relief en terre cuite réapparaît au grand jour, après une éclipse de deux siècles.

Sculpture : le chef-d’œuvre retrouvé de Rossi
Angelo de Rossi (1671-1715), L’Adoration des Bergers, 1711, relief en terre cuite original, 54 50 11 cm.
Estimation : 300 000/500 000 

Dans cette Adoration des bergers, parfaitement inscrite dans l’ovale d’un médaillon, les têtes comme aimantées se tournent vers l’Enfant, centre fragile de la composition. Le regard du spectateur, lui, circule entre les groupes formant deux triangles, celui des jeunes pasteurs amassés à gauche face à la Sainte Famille, et surmontés de deux putti déroulant un phylactère… C’est tout le génie baroque de son auteur, Angelo de Rossi, qui s’exprime dans cette construction savante et pourtant légère, emblématique de la manière d’un sculpteur adulé dans la Rome des alentours de 1700. Pourtant, l’artiste a vu le jour plus au nord, à Gênes, où il reçoit l’enseignement du maître Filippo Parodi (1630-1702) : ce dernier lui transmet son style particulier où se mêlent les influences du Bernin – dont il fut l’assistant – et d’Alessandro Algardi, dit l’Algarde. Par ailleurs, Rossi a pu dans la cité génoise s’inspirer des œuvres de Pierre Puget, qui travailla là de 1661 à 1668. C’est avec ce solide bagage qu’il part en 1689 pour Rome, capitale de la Contre-Réforme où les jeunes talents affluent de toute l’Italie et d’ailleurs. Il s’y fait remarquer très vite puisque, trois ans plus tard, son relief de Nabuchodonosor et les trois jeunes hommes dans la fournaise ardente lui vaut le premier prix de la première classe de sculpture de l’Académie de Saint-Luc. Dès lors, les chantiers s’enchaînent, de plus en plus importants, comme le réaménagement de l’autel de saint Ignace dans l’église du Gesù en 1695, le monument funéraire d’Alexandre VIII de la basilique Saint-Pierre au Vatican en 1698, ou encore la statue monumentale de Saint Jacques le Mineur pour la basilique Saint-Jean-de-Latran en 1708. Plasticien admiré et recherché, Angelo de Rossi se devait donc d’intégrer l’Académie de Saint-Luc à Rome, et pour son élection au sein de l’honorable institution en 1711, la tradition voulait qu’il présente et offre à ses membres une œuvre inédite : ce fut notre virtuose Adoration des bergers. Parmi les raisons de son succès que rapportent les registres de l’Académie, il y a l’emploi magistral du haut-relief, un héritage évident de l’Algarde, l’un des pères spirituels de son auteur. La pièce est aussi l’une des dernières œuvres répertoriées d’un artiste qui allait mourir à la fleur de l’âge, quatre ans plus tard et au faîte de sa gloire. Elle demeura exposée à l’Académie puis disparut au début du XIXe siècle. Depuis, elle n’était connue que par un moulage, se trouvant au Palazzo Venezia à Rome, ainsi que par des dessins préparatoires aujourd’hui conservés dans trois musées européens. Sa redécouverte inespérée dans une succession à Corbeil-Essonnes apparaît donc comme une grande victoire pour l’histoire de l’art !

Sculptures
samedi 18 juin 2022 - 14:00 (CEST)
10, quai de l'Essonne - 91100 Corbeil-Essonnes
Camper - Dabernat
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