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Scène artistique ukrainienne : maudite soit la guerre

Publié le , par Vincent Noce

Je me tiens devant le pavillon russe pour stigmatiser la guerre et les liens culturels avec le gouvernement russe » : à l’ouverture de la Biennale de Venise, Vadim Zakharov, l’artiste qui a représenté la Russie en 2013, s’est affiché avec un panneau dénonçant les massacres en Ukraine. Représenté pour la première fois à...

Scène artistique ukrainienne : maudite soit la guerre
Pasha Li ©Instagram

Je me tiens devant le pavillon russe pour stigmatiser la guerre et les liens culturels avec le gouvernement russe » : à l’ouverture de la Biennale de Venise, Vadim Zakharov, l’artiste qui a représenté la Russie en 2013, s’est affiché avec un panneau dénonçant les massacres en Ukraine. Représenté pour la première fois à la Biennale, le Kazakhstan n’a pu ouvrir son installation à temps, en raison des problèmes de transport. Un grand tableau de Belkis Ayón, attendu du Musée russe de Saint-Pétersbourg, n’a pu non plus être présenté à l’Arsenal. Au même moment, selon nos informations, le retour des œuvres de la collection Morozov qui étaient exposées à Paris est imminent, la France ayant obtenu des pays de transit qu’elles ne soient pas saisies en route, tels de vulgaires produits de luxe. À Venise, L’Épouvantail (1967) de Maria Primachenko a pu être ajouté à la dernière minute à l’exposition des Giardini. Grâce à France Culture, on a découvert que Picasso aurait été impressionné par une des scènes naïves de cette paysanne ukrainienne quand elle est parvenue avec quelques autres à Paris. Le musée d’Ivankiv, qui abritait vingt-cinq de ses toiles, a été détruit par un bombardement, mais des habitants auraient pu en sauver certaines. La jeune femme avait cessé de peindre après avoir perdu son mari, disparu durant la Seconde Guerre mondiale. Elle avait repris les pinceaux après la catastrophe de Tchernobyl. Un de ses tableaux, intitulé Maudite soit la guerre, représente un monstre avec deux langues de serpent. Un des effets de l’hubris de Vladimir Poutine est la lumière donnée à une scène artistique vivante propre à l’Ukraine, dont l’histoire a été intimement mêlée à la Russie. Dans l’élan de solidarité avec le peuple ukrainien, les médias font écho à ces lueurs d’espoir entretenues par ceux qui sont les premiers à souffrir de cette tragédie. Parmi les plus connus figurent la rappeuse Alyona Alyona et le quatuor DakhaBrakha, qui sont notamment passés par les Trans Musicales de Rennes.

Un des effets de l’hubris de Poutine est la lumière donnée à une scène artistique vivante propre à l’Ukraine, dont l’histoire a été intimement mêlée à la Russie.

L’acrobate Anatoliy Zalevskiy avait été remarqué au festival parisien des jeunes espoirs du Cirque de demain en 1998, où il obtint la médaille d’or, avant de décrocher l’année suivante le clown d’or du Festival de Monte-Carlo. De 2000 à 2007, son show, Rizoma, réunissant une vingtaine d’artistes, s’est produit à travers l’Europe. Il a fondé une école de cirque dans sa ville natale de Berditchev. Citons aussi Andreï Kourkov, une sorte de Saint-Ex ukrainien, qui écrit en russe et dont les romans sont traduits en France par Liana Levi. Les artistes de la pop culture Oleg Tistol et Konstantin Reunov, pionniers de l’émancipation ukrainienne dans les années 1980, avaient fait leurs débuts dans un squat de Moscou. C’est dans cette même langue russe que se joue l’unique film d’Oleg Sentsov (Gamer, 2011), lequel fut arrêté par les forces pro-russes avant d’être déporté en Sibérie, puis libéré dans un échange de prisonniers. Certains ont fait le choix de rester en Ukraine, tels la dessinatrice Alevtina Kakhidze ou le graphiste Nikita Kadan. Parmi tant d’autres, nous avons une pensée pour l’acteur et présentateur Pavlo Romanovych Lee, Pasha Li  pour les téléspectateurs de la chaîne Dom TV. Ce jeune homme au sourire irradiant, natif de Crimée, s’est porté volontaire le 24 février, le jour de l’invasion russe. Il a chroniqué sur Instagram les jours passés à aider l’évacuation d’Irpin. Dans son dernier message, il affichait que « tout ira[it] bien ». Il est mort le 6 mars, à 33 ans. Il avait donné son gilet pare-balles à un enfant. Comme le relève The Economist : « Pour n’importe quel homme en uniforme, c’était une erreur élémentaire. Mais enfin il n’était pas non plus destiné à devenir un soldat ».

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