Ponce Jacquiot, la Renaissance au naturel

Le 23 janvier 2020, par Anne Doridou-Heim

Un bronze invite le nom du sculpteur Ponce Jacquiot à retrouver la lumière et sans nul doute, nimbé de bien des qualités, saura aisément retirer son épine.

Ponce Jacquiot (vers 1515-1570), La Tireuse d’épine, bronze à patine médaille vernie, Italie, fin du XVIe siècle, 25 22,10 11,9 cm.
Estimation : 100 000 

L’élégance de la pose, les proportions équilibrées, la poitrine menue ou encore le raffinement de la coiffure sont tels que l’on en oublie le geste qui renvoie à un modèle iconique de l’Antiquité. Tout dans ce bronze, jusque dans sa patine lumineuse et quel que soit l’angle sous lequel on l’observe, exprime une harmonie savamment modelée par un nom qui est longtemps demeuré dans l’oubli avant d’être reconnu comme celui de l’un des principaux maîtres de la Renaissance : Ponce Jacquiot (vers 1515-1570). Ce natif de Rethel, dans les Ardennes, est le seul sculpteur français cité par Vasari, excusez du peu ! On sait qu’il effectue deux séjours à Rome, le premier entre 1527 et 1535, le second entre 1553 et 1556. Évidemment, ils lui offrent l’occasion d’admirer les antiques, les délicates «Vénus pudiques» et bien sûr le célèbre Tireur d’épine, mais aussi la fresque peinte par Raphaël pour la salle de bains du cardinal Bibbiena – ou du moins la gravure qu’en a faite Marco Dente. Il se serait alors inspiré de l’une de ces figures pour modeler la terre cuite de sa Tireuse d’épine. Celle-ci, longtemps considérée comme perdue après avoir été répertoriée dans la collection de François Girardon – l’un des plus importants sculpteurs du règne de Louis XIV – puis dans celle des Crozat, a été retrouvée en 1976 lors d’une vente aux enchères par un grand découvreur, le marchand et collectionneur Jacques Petithory, puis acquise par le Louvre quatre années plus tard. Jacquiot découvre aussi dans cette cité des arts le goût pour le petit bronze destiné aux cabinets d’amateurs. La pratique en est courante en Italie, rarissime en France. Ainsi consent-il à ce que sa charmante jeune personne se retrouve fondue et entre dans la modernité. Girardon en possédera d’ailleurs un exemplaire, comme en atteste l’inventaire dressé après son décès en 1715 – peut-être celui conservé aujourd’hui au Victoria & Albert Museum. Ponce en rapporte-t-il lui-même de la Ville Éternelle ? L’histoire ne le dit pas : elle écrit cependant qu’à son premier retour en France il devient collaborateur d’Androuet du Cerceau et du Primatice, sur les chantiers de Fontainebleau et des Tuileries, et qu’il œuvre après le second au monument funéraire d’Henri II, à Saint-Denis. Pour le roi mort dramatiquement lors d’un tournoi et dont chacun connaît la passion pour la belle Diane de Poitiers, il conçoit deux figures de vertus, la Prudence et la Tempérance. Il leur donne le même visage régulier, yeux grands ouverts et élongation tempérée, qu’au canon de sa charmante Tireuse d’épine. Celle-ci n’en a décidément pas fini de séduire…

mardi 09 juin 2020 - 14:00 - Live
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Beaussant Lefèvre
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