L’enfant au chien d’Enrico Pazzi

Le 19 mars 2020, par Claire Papon

Ce portrait présumé de Giulio Rasponi, arrière-petit-neveu de Napoléon Bonaparte par Enrico Pazzi rappelle par son sujet charmant et le naturel de la pose celui du Prince impérial et son chien Néro de Jean-Baptiste Carpeaux.

Enrico Pazzi (1818-1899), Portrait présumé de Giulio Rasponi, enfant, jouant avec son chien, marbre blanc de Carrare, daté 1873, gaine en noyer à plateau tournant monogrammé «L.R» (?) sous une couronne comtale, h. 127 cm (sculpture), 231 cm (avec socle).
Estimation : 80 000/100 000 

Pour l’amateur de sculpture, ce groupe en marbre mérite le détour… Il faudrait être difficile pour ne pas être sous le charme du sujet et ne pas apprécier la qualité du travail. Finesse et nervosité du vêtement du bambin et du pelage de son compagnon, délicatesse du modelé, douceur des expressions, naturel de la pose, sans oublier les dimensions importantes de ce beau morceau et son très bel état de conservation. «Le marché est vaste pour un sujet aussi plaisant», précise l’expert de la vente Jacques Bacot, même si l’artiste et le modèle sont italiens. Né à Ravenne, où il fut élève à l’Académie des beaux-arts, Enrico Pazzi participe à la plupart des salons italiens. Installé à Florence dès 1853, il devient célèbre grâce au monument érigé en 1865 à la gloire de Dante Alighieri sur la piazza Santa Croce. Le poète florentin y est représenté tenant un livre, drapé dans un manteau, le regard sombre et lointain, la tête couronnée de lauriers. Dans la même veine et toujours dans la capitale toscane, il laisse en 1872 une grande figure en marbre du dominicain Girolamo Savonarole. On compte aussi une statue équestre du prince Michael Obrenovic III à Belgrade, et de nombreux portraits. Selon une tradition familiale, longue et constante, le modèle présumé est Giulio Rasponi (1863-1916), fils de Gioacchino Rasponi et de Constance Ghika, petit-fils de Louise Murat, et arrière-petit-fils de Caroline Bonaparte, sœur de l’Empereur et épouse de Joachim Murat. L’œuvre a été commandée en 1873, à Pazzi, un ami de la famille, à Florence. Le groupe est offert à la princesse roumaine Alexandrine Ghika, tante et marraine de l’enfant. En 1881, le sculpteur est à nouveau sollicité par les parents pour exécuter une réplique. Celle-ci passe sur le marché de l’art anglais en mai 1954 lors de la vente du contenu du château de Dunalastair, en Écosse, appartenant au major James de Sales La Terrière, puis le 19 juin 2014 chez Cheffins Auctions House, à Cambridge. Notre exemplaire provient de la descendance de la princesse Alexandrine Ghika. Un coup d’œil suffit pour rapprocher notre groupe de celui de Jean-Baptiste Carpeaux figurant Le Prince impérial et son chien Néro. Introduit à la cour par la princesse Mathilde vers 1863, le sculpteur français devient en effet le professeur de dessin et de modelage du fils unique de Napoléon III. L’année suivante, il reçoit commande d’un double portrait, l’un en buste à la demande de l’impératrice, l’autre en pied choisi par l’empereur. Carpeaux fait poser le jeune prince âgé de 8 ans en alternance avec un autre garçon, sur lequel il étudie le costume, la main posée sur le collier de Néro, chien de chasse de Napoléon. Le 6 mai 1865, le plâtre est dévoilé qui suscite des applaudissements. L’œuvre donne de l’héritier du souverain une image naturelle et témoigne de l’importance nouvelle accordée à l’enfant au sein de la famille. Le succès est tel que des modèles, de différentes tailles, sont exécutés en bronze, en plâtre, en terre cuite et en biscuit. Le marbre est conservé au musée d’Orsay après avoir été salué au Salon de 1866 pour sa grâce rappelant celle d’un «chanteur florentin». On ne pouvait trouver comparaison plus appropriée…