Le grand tour de la Renaissance

Le 10 septembre 2020, par Sophie Reyssat

À travers la peinture de Cecco di Pietro et les figures de Mino da Fiesole et de Giambologna, c’est tout l’art de la Renaissance italienne qui se dévoile à Neuilly.

Attribué à Mino da Fiesole (1429-1484), Florence, seconde moitié du XVe siècle, buste en marbre de Julien de Médicis, sur un socle mouluré, 48 x 54 cm.
Estimation : 180 000/220 000 €
Pour la quatrième année, la maison Aguttes se met au diapason des Journées européennes du patrimoine en proposant un large éventail d’œuvres d’art, dont les plus remarquables mettent à l’honneur l’Italie de la Renaissance. On remonte à ses origines, posées par les peintres, avec une Vierge à l’Enfant réalisée vers 1365 et attribuée à Cecco di Pietro (150 000/200 000 €). Bien que le groupe soit encore encadré par une arcature gothique, et se détache sur un fond or hérité de la tradition byzantine, la perspective fait son entrée dans la composition par le biais de lignes de fuite dessinées par le trône posé sur un pavement aux motifs géométriques. En outre, l’humanisation des modèles empruntés aux icônes est manifeste dans la posture de Marie : plus expressive, elle incline la tête vers son fils, et l’enlace avec délicatesse d’un geste fluide. Ces évolutions vers la mise en volume et la psychologie des sujets a été portée par les primitifs siennois, Duccio d’abord, puis Simone Martini, et Ambrogio Lorenzetti, avec lequel une nouvelle étape est franchie dans la psychologie des personnages. Elles s’accompagnent d’un grand raffinement dans les détails, qui fait la spécificité de ce foyer artistique particulièrement inventif. La question de l’origine siennoise de ce tableau s’est d’ailleurs posée, avant qu’il ne soit attribué au Pisan Cecco di Pietro. L’artiste, dont on sait peu de choses, a sans nul doute été influencé par la sophistication de la Maestà peinte à fresque par Simone Martini sur les murs du Palazzo Pubblico de Sienne, en 1315. Ce modèle a en effet été diffusé par d’autres artistes de la cité comme Bartolo di Fredi ou Luca di Tommè – ce dernier a d’ailleurs travaillé pour des mécènes pisans. Cette Vierge à l’Enfant a été réalisée au début de la carrière de Cecco di Pietro, peut-être pour la chapelle d’un hôpital, comme le laisse présumer le texte tiré de l’Évangile selon Matthieu, inscrit sur le parchemin tenu par Jésus.
Cecco di Pietro (1330-1402), Vierge à l’Enfant, Pise, vers 1365, tempera et feuille d’or sur bois de peuplier, 110,8 x 63,2 cm (surface to
Cecco di Pietro (1330-1402), Vierge à l’Enfant, Pise, vers 1365, tempera et feuille d’or sur bois de peuplier, 110,8 63,2 cm (surface totale).
Estimation : 150 000/200 000 


Sous le regard des Médicis
Le courant naturaliste et humaniste, qui apparaît ainsi en Italie à la fin du XIVe siècle, profite au retour du portrait. Il se développe naturellement sous l’impulsion des mécènes, et prend son essor à Florence, plus riche, plus peuplée, et également politiquement plus en avance que ses concurrentes. Alors que s’éteint le peintre Cecco di Pietro, le défi lancé aux sculpteurs pour orner les portes du baptistère, lancé en 1401, est souvent considéré comme le début de la Renaissance. Employé par Vasari, le terme de rinascita insiste sur la rupture qui s’opère dans la première moitié du XVe siècle, désireuse de renouer avec l’âge d’or de l’Antiquité, et de surpasser les modèles romains et la perfection grecque. Dans la seconde moitié du XVe siècle, Mino da Fiesole relève le défi. Il aurait été introduit à la cour des Médicis par Michelozzo, dont il aurait fréquenté l’atelier. Ainsi immortalise-t-il en buste Pierre le Goutteux – fils de Côme, le fondateur de la dynastie –, son épouse Lucrezia Tornabuoni et son frère Jean, dont les effigies sont conservées au musée du Bargello de Florence et au Camposanto de Pise. Inédit, le portrait en marbre de Julien de Médicis, assassiné lors de la conjuration des Pazzi, lui est attribué (180 000 et 220 000 €). Le sculpteur l’aurait exécuté peu avant de partir à Rome, en 1474. À échelle humaine, il est dit «à la florentine», c’est-à-dire que le portrait descend assez bas, jusque vers le sternum. Le sculpteur a cherché à rendre la personnalité de son modèle en soignant le naturalisme de la représentation : le regard concentré et les ridules des yeux, ainsi que les mâchoires serrées, évoquent l’homme de pouvoir, dont la frontalité accentue l’autorité. Loin d’être réservée aux princes, la vogue du portrait exaltant l’individu s’étend à toutes les classes de la société. Antonio Rossellino sculpte ainsi celui de Chellini, le médecin de Donatello, tandis que Benedetto da Maiano réalise celui du marchand Pietro Mellini, retravaillé d’après un moulage sur le vif destiné à renforcer le naturel des expressions. Florence connaît une éclipse dans les années 1490, après la mort de Laurent le Magnifique et l’épisode de Savonarole, qui a fait fuir les artistes et favorisé l’émergence de nouveaux centres de création, notamment Rome et Venise. Mais la cité toscane n’a pas dit son dernier mot et demeure une force d’attraction.

 
Florence, vers 1596, atelier Giambologna-Antonio Susini, allégorie de l’Architecture en bronze ciselé et anciennement argenté, signée «GIO
Florence, vers 1596, atelier Giambologna-Antonio Susini, allégorie de l’Architecture en bronze ciselé et anciennement argenté, signée «GIO. BOLONGE. B.», socle en poirier noirci, argent repoussé et lapis-lazuli, h. 34 (figure), 12,5 cm (socle).
Estimation : 500 000/800 000 

La ligne serpentine de Giambologna
Après un passage à Rome, en 1555, un sculpteur flamand originaire de Douai choisit ainsi de s’installer dans la ville, où il peut admirer les œuvres de Michel-Ange, afin d’y faire lui aussi carrière. Il s’agit de Jehan Boulongne, plus connu sous son nom de Jean Boulogne, italianisé en Giovanni Bologna, vite contracté en Giambologna. Comme Mino da Fiesole, il a lui aussi bénéficié de la protection des Médicis, qui lui a permis de devenir le plus célèbre représentant du maniérisme. Son style a en effet été diffusé dans toute l’Europe, grâce aux réductions de ses œuvres réalisées par les membres de son atelier, Antonio Susini, Pietro Tacca ou Pierre de Franqueville. Ces statuettes étaient souvent offertes en guise de cadeau diplomatique. L’une d’elles, proposée entre 500 000 et 800 000 €, pourrait avoir été réalisée pour Anton Maria Salviati, issu d’une famille de banquiers apparentés aux Médicis, comme le laisse penser une inscription figurant à son revers. Fondeur habile, Antonio Susini a participé à la réalisation de cette pièce, vers 1596. Il n’en n’existe que quelques autres rares exemplaires référencés. Ce bronze, de 34 centimètres, reproduit une effigie en marbre grandeur nature figurant une allégorie de l’Architecture, commandée vers 1565 pour orner les jardins de Boboli, et désormais conservée au musée du Bargello. Caractérisée par un corps jeune et élancé, tournant son long cou et sa petite tête pour accompagner une posture déhanchée en équilibre sur une colonne, une jeune femme lui prête ses traits idéalisés. Jouant avec les diagonales pour inciter à tourner autour d’elle, la sculpture multiplie les angles de vue. Elle tient les attributs de l’art qu’elle représente : une règle et un compas. De quoi prendre la mesure du succès des œuvres de Giambologna, aussi recherchées aujourd’hui qu’elles l’étaient de son temps.
mardi 22 septembre 2020 - 14:30 - Live
Neuilly-sur-Seine - Hôtel des ventes, 164 bis, avenue Charles-de-Gaulle - 92200
Aguttes
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