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Paul-Emmanuel Reiffers et Reiffers Art Initiatives : business man engagé

Publié le , par Annick Colonna-Césari

Président du groupe de communication Mazarine, Paul-Emmanuel Reiffers a créé un fonds de dotation, Reiffers Art Initiatives, afin de valoriser la jeune scène artistique française, par le biais de la diversité culturelle. L’exposition inaugurée au moment de la foire Paris+ en est l’illustration.

Paul-Emmanuel Reiffers, sous la verrière de l’Acacias Art Center. PHOTO ALEXANDRE... Paul-Emmanuel Reiffers et Reiffers Art Initiatives : business man engagé
Paul-Emmanuel Reiffers, sous la verrière de l’Acacias Art Center. 
PHOTO ALEXANDRE GUIRKINGER

Il nous reçoit dans son bureau design, au siège du groupe Mazarine, situé rue des Acacias, à proximité de la place de l’Étoile. Depuis qu’il a fondé, en 1993, cette entreprise de communication dédiée au luxe, à la mode et à la culture, Paul-Emmanuel Reiffers n’a cessé de la développer, en ouvrant des bureaux à New York, Shanghai, Hong Kong, Pékin et prochainement à Dubaï. Il a également acquis la Mode en images, qui produit des défilés pour Vuitton ou Balenciaga, s’est offert le magazine Numéro, aujourd’hui diffusé en six éditions internationales, tout en trouvant le temps de cultiver sa passion de l’art contemporain : « Ce que rend possible l’imbrication de ma vie professionnelle et de ma vie privée, qui toutes les deux tournent autour de la création », reconnaît-il. Depuis avril 2021, le patron de Mazarine a ajouté à ses activités un fonds de dotation, baptisé « Reiffers Art Initiatives ». L’idée, née pendant le confinement, a été mûrement réfléchie, car l’homme aime « donner du sens » à ses actions. Ce fonds, qui bénéficie d’un mécénat annuel de 500 000 €, est en effet destiné à soutenir la jeune scène artistique française à travers le prisme de la diversité culturelle. « Ce qui revêt pour moi une résonance singulière, avoue-t-il, car j’ai vécu les quinze premières années de ma vie en Côte d’Ivoire, à Abidjan. »

L’une des œuvres signées Kenny Dunkan, lauréat de la première édition de l’exposition du mentorat, intitulée No Apologies et présentée en
L’une des œuvres signées Kenny Dunkan, lauréat de la première édition de l’exposition du mentorat, intitulée No Apologies et présentée en octobre 2021 au Studio des Acacias. 
© Philippe Fragniere

De la collection au fonds de dotation
Son goût de l’art remonte en fait à l’enfance. « Mes grands-parents étaient collectionneurs, férus d’art moderne », explique-t-il. Lui-même a commencé vers 25 ans, durant la décennie 1990, en achetant des meubles aux Puces grâce à ses premiers salaires. C’est dans la trentaine qu’il s’est tourné vers l’art contemporain, d’abord figuratif. « J’aimais l’univers onirique d’un Gérard Garouste et de François-Xavier et Claude Lalanne, qui s’accommodait bien à un appartement parisien. » Puis il s’est intéressé à des pièces moins « décoratives », dans la mouvance de l’abstraction et de l’art minimal, en acquérant des tableaux de Soulages ou de Buren, « alors abordables, même si mon super bonus de l’année y passait », plaisante-t-il. Sans négliger des artistes internationaux, notamment américains tels Rudolf Stingel ou Christopher Wool, ni bien sûr des Afro-Américains comme Rashid Johnson ou Glenn Ligon, dont les œuvres souvent radicales le touchaient particulièrement en raison de son histoire personnelle. Durant cette période, en tout cas, son œil s’est aiguisé, ses critères de choix se sont affinés. « Je cherche des pièces importantes, et non des signatures », résume-t-il. Pour les trouver, il s’est constitué un réseau privilégié de galeristes dont il apprécie la programmation autant que les qualités humaines : en France, Thaddaeus Ropac, Kamel Mennour, Emmanuel Perrotin ou Mariane Ibrahim, et à l’étranger Hauser & Wirth ou Xavier Hufkens. Dès 2014, il a fait même entrer l’art dans son entreprise. Cette année-là, il a repris le mythique Studio des Acacias, ex-Studio Harcourt, un vaste espace de six cents mètres carrés, situé rue des Acacias comme son groupe, et déployé sur trois plateaux sous verrière. Il y a organisé des événements d’entreprise ainsi que des expositions en octobre, au moment de la FIAC, auxquelles ont participé Mark Handforth, Rashid Johnson, le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied en dialogue avec Barbara Kruger, ou encore Laure Prouvost. « J’invite chaque fois les clients, mais aussi tous nos collaborateurs, insiste-t-il. La création nourrit la créativité et invite à appréhender le monde avec un nouveau regard. » Puis est arrivée la crise sanitaire. Paul-Emmanuel Reiffers a profité du confinement pour réfléchir à sa collection, à laquelle il voulait donner un véritable sens. « Je me suis demandé quelle était l’utilité d’achats aussi nombreux, alors que je ne revends presque jamais, se souvient-il. Et je me suis aperçu que je collectionnais peu de jeunes artistes français, parce qu’ils ne sont pas représentés à l’international ». Cette analyse l’a conduit à créer en avril 2021 ce fonds de dotation destiné à les défendre, en insistant sur la diversité culturelle, « une valeur que nous nous attachons aussi à promouvoir en interne », précise-t-il. Celui-ci permet pour le moment d’organiser deux expositions par an, en s’appuyant sur un comité d’une dizaine de personnalités du monde de l’art, dont Emma Lavigne, directrice générale de la Collection Pinault, et Benjamin Millepied, directeur du Los Angeles Dance Project. Pour l’une d’elles, ils doivent d’abord sélectionner trois plasticiens. Le lauréat, pour sa part, est choisi par un artiste majeur, désigné par Paul-Emmanuel Reiffers lui-même, et qui devient son « mentor ». En effet, ce dernier est chargé d’accompagner pendant plusieurs mois l’heureux élu, par des échanges, en lui apportant son regard. Et cette collaboration aboutit à une « exposition du mentorat », qu’accueille le Studio des Acacias (rebaptisé depuis peu Acacias Art Center). Le lauréat bénéficie en outre du soutien logistique du groupe Mazarine, dont les équipes se chargent de l’installation des œuvres. Enfin, pour booster sa notoriété, Numéro lui consacre plusieurs pages, tandis qu’une publication est éditée, envoyée à mille ou deux mille professionnels de l’art dans le monde entier. Le mentor de l’édition 2022 est l’artiste afro-américain Kehinde Wiley, célèbre depuis qu’il a peint, en 2018, le portrait du président Barack Obama. Son choix s’est porté sur le jeune Franco-Sénégalais Alexandre Diop, 27 ans, diplômé de l’Académie des beaux-arts de Vienne. Le public parisien peut découvrir ses peintures et sculptures, réalisées dans l’esprit de l’arte povera à partir de matériaux récupérés (métal, bois, clous, photos…), à l’occasion de Paris+ par Art Basel, foire qui remplace désormais la FIAC.
 

Alexandre Diop, dans son atelier, en train de préparer l’exposition du mentorat d’octobre 2022. Photo Joris Aust
Alexandre Diop, dans son atelier, en train de préparer l’exposition du mentorat d’octobre 2022. 
Photo Joris Aust

Des projets
L’action de Reiffers Art Initiatives ne s’arrête pas là. Le fonds finance pour le printemps une autre exposition, collective celle-là, réunissant une quinzaine de plasticiens, parmi lesquels le même comité élit un lauréat, récompensé par un prix de 10 000 €. Mais Paul-Emmanuel Reiffers compte aller plus loin. Il veut mettre en place l’itinérance des expositions, qu’avait empêchée la crise sanitaire, ainsi que des résidences d’artistes. Il envisage surtout de développer les activités de l’Acacias Art Center, en organisant non pas deux mais trois événements par an, et même en y installant, en 2023 ou 2024, une collection permanente, constituée à partir de ses propres œuvres et de celles achetées auprès des jeunes artistes et de leurs mentors. À moyen terme, cet espace culturel a donc vocation de rester ouvert toute l’année. « J’ai même proposé au maire de l’arrondissement de repenser le quartier, pour en faire un village dédié à la création », poursuit-il. Le projet, validé par les commerçants environnants, est à l’étude. Le groupe Mazarine occupe effectivement une bonne partie de la rue des Acacias, non loin de l’Acacias Art Center, en face duquel se trouve un bar, que Paul-Emmanuel Reiffer vient justement d’acheter, pour le transformer en café arty. La rue elle-même serait dotée de ralentisseurs et ses trottoirs, élargis, seraient végétalisés. De quoi en faire un lieu de promenade qui inciterait, pourquoi pas, des marchands à y implanter leurs galeries…

à voir
« Alexandre Diop, sous le mentorat de Kehinde Wiley »
Acacias Art Center, 30 rue des Acacias, Paris XVIIe
Jusqu’au samedi 19 novembre 2022

www.mazarine.com
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