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Les métiers d’art made in Luxembourg

Le 18 novembre 2021, par Virginie Chuimer-Layen

Voulant changer l’image du grand-duché du Luxembourg, la troisième édition de la Biennale de mains de Maîtres entend placer ce petit territoire aux savoirs et matières d’excellence sur l’échiquier des grands.

 

Les métiers d’art made in Luxembourg
Karolina Pernar, Nomads.
© Miikka Heinonen

Architecture majestueuse, propriété de la BCEE (Banque et Caisse d’Épargne de l’État), le « 19Liberté », au cœur de l’avenue éponyme à Luxembourg-ville, accueille pour la troisième fois la Biennale des métiers d’art « De Mains de Maîtres », prévue en 2020 et reportée en 2021. « En décembre 2015, LL.AA.RR. le Prince Guillaume et la Princesse Stéphanie de Luxembourg, passionnés par la filière, souhaitaient que soit réalisé un inventaire des savoir-faire territoriaux, afin d’en valoriser au mieux les talents», explique Jean-Marc Dimanche, commissaire de l’événement. Fin 2016, l’exposition “De Mains de Maîtres” voit le jour. Après cette première, l’association du même nom est créée en mai 2017, avec pour objectif de devenir pérenne. En novembre 2018, l’événement devenu biennal, élargi aux scènes française, belge et allemande, a lieu sur le thème “Gestes & Merveilles”. Avec “Viv(r)e la matière”, je désire cette année évoquer cette matière qui vibre au cœur de la création, un des fondamentaux de la branche dont la crise a accentué le cri. »  Durant neuf jours, dans des salons de réception, sur deux étages et 2 500 m2, plus de cent artistes, dont soixante-sept artisans luxembourgeois ou travaillant au Luxembourg, onze Français, huit Allemands et treize provenant de Belgique, pays à l’honneur, présentent chacun trois œuvres, voire un peu plus pour les créateurs de bijoux. Une édition qui a revu à la baisse son ambition première de s’élargir encore plus à l’international, du fait du contexte sanitaire. « En 2020, la Corée du Sud a été parmi les premiers pays à se désister. De plus, nous sommes une biennale en devenir, notre équipe est encore restreinte, comme nos moyens. » Pour l’heure, le commissaire et un jury d’experts présidé par le couple héritier ont procédé à une sélection de créateurs locaux comme, entre autres, la verrière Camille Jacobs ou le sculpteur sur bois Wouter Van der Vlugt. Jean-Marc Dimanche a également choisi les créateurs français, parmi lesquels le vannier Erik Barray ou la plumassière Marion Hawecker. L’élection des artisans d’art allemands, tels le tourneur sur bois Horst Kontak et la créatrice papier Kristina Rothe, a été confiée à la curatrice et experte en design Schnuppe Van Gwinner. Quant à BeCraft, association belge des arts appliqués, elle propose un florilège de métiers au sein desquels s’illustrent le jeune sculpteur sur bois Julien Feller ou l’orfèvre David Huycke. Dans son ensemble, la présentation met en exergue une communauté de savoirs et de matières, tout en valorisant certaines spécificités locales. « Le Luxembourg est une terre d’accueil, sa création est donc riche d’empreintes multiculturelles. En outre, en dehors des métiers du bois et du métal, provenant des forêts et industries locales, ceux qui ne sont plus présents sur le territoire seront visibles à travers des savoirs français comme la plumasserie, la marqueterie de paille ou la laque, pouvant déboucher sur de belles rencontres et, pourquoi pas, de futures collaborations ! »
Prospection, fédération et économie vertueuse
En invitant quatre écoles européennes – La Cambre de Bruxelles, l’ÉCAL de Lausanne, la Hochschule de Trèves et la HEAR de Strasbourg –, De Mains de Maîtres fait aussi le pari de l’avenir et de la jeunesse, avec l’exposition de projets d’étudiants en master, futurs talents de demain. À cela s’ajoutent la remise de prix – prix du public RTL et du jury fondation Leir – pour les créateurs luxembourgeois, ainsi qu’un parcours hors les murs enrichi de nouveaux écrins. « Cette année, nous fédérons la ville entière autour de l’artisanat d’art, avec des œuvres exposées dans toutes ses institutions culturelles, parmi lesquelles le Casino, la villa Vauban, le Mudam ou le musée d’Histoire naturelle. Le Cercle Cité accueille, quant à lui, une grande exposition de bijoux d’artistes de Diane Venet, assortie d’une conférence sur le sujet. » Gratuite pour les exposants et le public, la Biennale perçoit une commission sur les ventes, qu’elle reverse aux bourses à la production mises en place, dès ses débuts, par l’association. « Ouvertes à tous les artisans d’art résidant au grand-duché, ces bourses facilitent leur formation à l’extérieur du pays, dont les apprentissages d’excellence ont été, au fil des années, délaissés pour d’autres, plus techniques. » En présentant un état des lieux qualitatif de ses métiers d’art, dans une stratégie économique interne vertueuse et une approche de transmission intergénérationnelle, la Biennale, subventionnée par les Ministères, souhaite sortir ce territoire discret de sa sempiternelle image de paradis financier et place industrielle. Entendant proposer certains de ses créateurs, durant l’événement Esch 2022, dans l’exposition « Craft 3.0 », elle espère s’inscrire dans le sillage des salons Homo Faber à Venise, Collect à Londres et Révélations à Paris. À l’avenir et avec le temps.


à voir
De Mains de Maîtres Luxembourg, Biennale des métiers d’art 2021, 19Liberté,
19, avenue de la Liberté, Luxembourg,
Du 20 au 28 novembre 2021.
www.demainsdemaitres.lu

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