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Le goût n’est pas en partage

Le 03 avril 2019, par Vincent Noce

Le goût n’est pas en partage
 
© Mobilier national, Isabelle Bideau

La galerie des Gobelins a donné fin mars le coup d’envoi des Journées européennes des métiers d’art, en dévoilant une série de productions d’ateliers à travers la France. Il faut aller voir et soutenir cette exposition  d’une durée trop courte, trois semaines , qui permet de découvrir des créations mêlant le goût, la technique et l’invention à l’humour, en une période qui ne prête guère à sourire. On y trouve un canot en bois, une guêpe mécanique, une table dansante, des tissus lumineux, des luminaires ondulants, un cistre et un clavicynbalum, le jour du vernissage aux accents d’un accordéon fabriqué par la dernière manufacture en France. On y voit une robe rendant hommage à Louise Dupin, la salonnière de Chenonceau. On y entend des jeunes qui se sont lancés dans la fabrication élaborée de costumes de théâtre et un passionné qui parle du «nerf de la peau» devant un mini-coffret à bijoux en galuchat. Ils fabriquent des billes démographiques ou des jarres olfactives, à moins que ce ne soit le contraire : ces centaines de techniciens répartis sur le territoire, plumassiers, lissiers ou rentrayeurs marient le nom des anciens métiers avec la technologie de pointe. Dans un récent rapport, le député Philippe Huppé souligne la nécessité pour l’État d’accentuer son soutien à ce secteur, en proposant qu’il soit regroupé dans un GIE, qui servirait d’interlocuteur unique et pourrait stimuler les régions dans lesquelles ces métiers sont ancrés. Cette fête n’était pas inutile à la manufacture des Gobelins, alors qu’elle est très attaquée sur son identité même. Un rapport de la Cour des comptes fustige «une institution à bout de souffle»

Prétendument «offertes», les fontaines des Champs- Élysées ont coûté 6,2 M€, à 90 % assumés par la collectivité nationale.

L’établissement présente apparemment les défauts communs à tant d’institutions culturelles, du Louvre aux grands orchestres : absentéisme chronique, avantages acquis abusifs, doubles emplois et «perruque». Outre le recours à la bonne vieille pointeuse, l’auteur suggère de revoir la configuration de cet ensemble unique en confiant les productions d’atelier au privé. Hervé Lemoine, qui vient d’arriver aux Gobelins, voudrait à l’inverse sortir la manufacture d’une production de luxe exclusivement destinée aux palais du pouvoir, en sollicitant davantage l’édition pour les amateurs. Il ne manque pas de relever qu’aucun investissement n’y a été consenti par les pouvoirs publics depuis des décennies. Il n’y avait pas de fontainier à la fête des Gobelins. On aurait aimé se faire conduire devant les monuments de Paris laissés dans un état lamentable, la fontaine Molière ou celle des Innocents. Plus de la moitié ne sont plus alimentés en eau, nous renseigne La Tribune de l’art. On aurait jeté un œil à la tonitruante imitation de la fontaine Wallace rouge vif et cherché l’urinoir du même éclat de l’île Saint-Louis, qui plaisent tant à Anne Hidalgo. Inévitablement, on aurait abouti devant la fontaine du square Jean-Perrin, que le chantier du Grand Palais menace d’engloutir. Juste à côté, on n’aurait pu manquer les pauvres zizis flageolants et ruisselants des immondes fontaines installées sur le rond-point des Champs-Élysées. Peut-être que les enfants ou les touristes les sauveront de la tristesse en s’en servant l’été comme douche de plein air ? Elles sont prétendument «offertes» aux Parisiens, alors que le coût de 6,2 M€ est assumé à 90 % par la collectivité nationale. Une hagiographe du Monde assure que les Bouroullec, à l’origine de ces mâts de treize mètres de haut, «révolutionnent le mobilier urbain en le chargeant d’une âme d’enfant». Quelle pitié.

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