Le joli mois de mars de Michel Descours

Le 03 mars 2017, par Anne Doridou-Heim

Première admission à TETAF Maastricht, premières participations au Salon du dessin et à Art Paris : Un véritable marathon printanier attend la galerie lyonnaise. Parcours artistique, avec son fondateur.

Michel Descours dans sa galerie du 44 rue Auguste-Comte à Lyon.
Courtesy Galerie Michel Descours


Ah ! que mars est un joli mois ! C’est le mois des surprises… Ces quelques vers du poète Alfred de Musset résonnent parfaitement avec les mots confiés par Michel Descours, présent sur tous les fronts en 2017 grâce à une préparation intensive et à un travail marqué par l’exigence, la recherche de la qualité et des choix uniquement guidés par l’émotion picturale. Un pari réussi, huit années après l’ouverture à Lyon d’une galerie de peintures et de dessins, avec l’ambition affichée de créer dans la deuxième ville de France un espace dévolu au meilleur dans le domaine des beaux-arts.
Vous cultivez la discrétion, pourtant cette année votre activité est des plus riches, avec la participation à trois événements majeurs du marché de l’art européen. Pourquoi cette boulimie soudaine ?
Il est vrai que je me suis tenu à l’écart d’un certain éclat médiatique, mais le fait d’être installé en province ne le favorise pas particulièrement. Cependant, j’ai déjà été visible sur certains salons, Paris Tableau, la Biennale des antiquaires à intervalles irréguliers et bien d’autres, en France comme à l’étranger. Exister dans notre ville est essentiel. Mais l’évolution du marché de l’art et les bouleversements inouïs de ces quinze dernières années nous obligent à une résistance pour survivre en province. Cette possibilité de présenter notre travail dans des salons aussi prestigieux, de renommée mondiale, était plus que souhaitable et sans doute inespérée. La structuration efficace de nos galeries depuis une dizaine d’années, la rédaction de catalogues bilingues, qui font maintenant référence, distribués dans le monde entier et dont la résonance est de plus en plus forte : tout cela fait que nous nous devions d’apparaître dans des salons prestigieux si nous en avions l’opportunité. Car vouloir y participer est une chose, être accepté en est une autre…

 

Gustave Moreau (1826-1898), Le Bon Samaritain, vers 1870, huile sur panneau, 28,2 x 38,2 cm (détail). Courtesy Galerie Michel Descours
Gustave Moreau (1826-1898), Le Bon Samaritain, vers 1870, huile sur panneau, 28,2 x 38,2 cm (détail). Courtesy Galerie Michel Descours

Vous participez donc pour la première fois à Tefaf Maastricht, au Salon du dessin et à Art Paris Art Fair. Que représente chacune des ces trois manifestations pour vous ?
Nous avons après quelques années d’attente été admis à Maastricht, ce qui nous touche profondément. Quelle plus belle reconnaissance pouvions-nous attendre de notre travail, de tant de passion ? C’est l’opportunité de rencontrer les conservateurs des plus importants musées du monde, ainsi que de nouveaux collectionneurs internationaux. Nous avons aussi eu la joie d’être acceptés au Salon du dessin. En obtenir l’entrée était essentiel, vu l’intérêt que nous portons aux œuvres graphiques. J’ai toujours acheté des dessins, mais cette partie de notre fonds était largement sous-étudiée et sous-exploitée. Enfin, troisième étape et non des moindres, Art Paris montrera une autre facette de notre activité et le grand intérêt que nous portons au XXe siècle et à ses différents mouvements d’avant-garde, illustrés par plusieurs expositions dans notre galerie, surréalisme, CoBrA, futurisme, abstraction, etc.
Comment allez-vous organiser et renouveler les présentations en moins d’un mois d’intervalle ?
Pour l’organisation de l’enchaînement de tout cela, il est vrai que tout doit être calculé au millimètre ! Notre calendrier est quasiment chronométré. L’équipe de six personnes sera totalement en action durant le mois de mars pour faire face à ce marathon. Nous allons évidemment renouveler nos accrochages, en les dirigeant vers le panorama le plus large de nos activités. À Maastricht, nous présenterons un florilège du XVIe au XXe siècle : c’est le stand qui représentera le mieux le large spectre de nos goûts et de notre travail. Entre autre choses, vous y trouverez un très beau dessin de Semplice da Verona, un exquis petit panneau de Gustave Moreau et une rare aquarelle de Chassériau ; pour les modernes, un dessin capital de Hans Bellmer provenant de la collection du président Pompidou, qui fut gravé par Cécile Reims, ainsi qu’un dessin de Balthus pour le célèbre tableau La Chambre. Au Salon du dessin, notre stand sera axé sur les anciens et le XIXe siècle, avec un rare Battista Franco, un très beau Regnault. Signalons qu’à cette occasion, nous faisons don au musée de Fontainebleau d’un très beau dessin de Lafitte. Pour Art Paris, notre stand sera structuré autour de trois pôles forts : le surréalisme, avec des œuvres de Camacho, Dalí et Lam ; le groupe CoBrA, avec un focus sur Jean Raine (1927-1986), dont nous représentons l’œuvre, et des pièces de Corneille et Alechinsky ; enfin l’abstraction, avec Hartung et Benrath.

 

Jean-Baptiste, baron Régnault (1754-1829), Étude pour La Marche triomphale de Napoléon vers le temple de l’Immortalité, vers 1804, pierre noire et reh
Jean-Baptiste, baron Régnault (1754-1829), Étude pour La Marche triomphale de Napoléon vers le temple de l’Immortalité, vers 1804, pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier beige, 54,5 x 41 cm (détail).
Courtesy Galerie Michel Descours

Vous parliez d’équipe, quels sont ses points forts ?
Elle est d’abord composée de trois personnalités complémentaires. Mehdi Korchane, historien de l’art, qui assure régulièrement des commissariats d’exposition, prend en charge la partie consacrée à la peinture ancienne et au XIXe siècle. Gwilherm Perthuis et Paul Ruellan, également éditeurs dans les domaines littéraires et artistiques, s’occupent de la partie moderne. Avec eux, je structure une vision de l’art la plus large possible. Je n’ai jamais souhaité mettre des barrières à mes émotions et j’essaie avec cette équipe de qualité d’aller parfois au-delà du possible. J’aime les défis !
Les artistes lyonnais qui vous sont chers auront-ils une place importante dans ces diverses manifestations ?
Il est évident que nous allons présenter leurs œuvres, notamment à Maastricht deux pastels qui sont des chefs-d’œuvre d’Antoine Berjon, un très beau Hennequin et des dessins de Puvis de Chavannes, ainsi que de De Boissieu. Au Salon du dessin, on verra les mêmes artistes lyonnais avec d’autres œuvres et un captivant portrait d’un peintre qui nous est cher, Louis Janmot.
Vous présentez un spectre assez large, partant de Jean Daret et allant jusqu’à Bengt Lindström. Comment expliquez-vous ce grand écart ?
Ma vision personnelle de l’art a toujours été une vision d’émotion. J’ai un immense plaisir à la partager avec nos amateurs et à leur faire découvrir des œuvres qui sont rarement montrées dans notre pays, notamment des artistes des écoles nordiques. Ce goût pour l’éclectisme transparaît aussi dans mon soutien régulier aux musées, je vais d’ailleurs prochainement donner au musée du Louvre une magnifique feuille du peintre franco-suédois Louis Masreliez.
Votre activité ne s’arrête pas là…
En effet, elle s’attache à différents domaines, jusqu’au métier de libraire. Notre librairie des arts se divise en deux lieux distincts : l’un consacré aux actualités éditoriales, l’autre concernant les ouvrages rares et épuisés. Nous avons racheté il y a quelques années le fonds de la célèbre librairie Posada de Bruxelles, qui rassemblait plusieurs dizaines de milliers de titres. Cela nous a aidés à structurer notre fonds ancien, que nous continuons d’enrichir. Par ailleurs, la galerie organise près de deux conférences par mois sur des thèmes les plus variés, avec des personnalités du milieu de l’art, historien de l’art, conservateurs, écrivains, etc. Par exemple, Arnauld Brejon de Lavergnée est venu, il y a peu, parler de Simon Vouet dans sa période italienne. Nous organisons aussi des expositions en écho à l’actualité du musée des beaux-arts de Lyon. À l’occasion de l’exposition consacrée à la peinture d’histoire du XIXe siècle, nous avions présenté et édité un catalogue sur cette école, et lors de l’exposition sur les autoportraits, nous avions exposé nos plus belles pièces sur ce thème, de Luca Giordano à Pierre Molinier. À l’automne, une exposition Fred Deux prolongera celle du musée. Tout ceci avec la complicité de Sylvie Ramond, la directrice du musée, tout aussi passionnée, et dans le même désir de partage pour donner à Lyon toutes les chances de vivre cette passion.

MICHEL DESCOURS
EN 5 DATES
1975
Création de la première galerie Michel Descours à Lyon.
1985
Ouverture de la librairie des arts au 31, rue Auguste-Comte.
2009
Ouverture, en décembre, de la galerie de peintures et de dessins.
2010
Débuts de la publication de catalogues, vite régulière.
2013
Première participation au Salon Paris Tableau.
2017
10-19 mars : Tefaf Maastricht
22-27 mars : Salon du dessin
30 mars-2 avril : Art Paris Art Fair
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