Le fait des princes raconté par charles-henri diriart

Le 24 novembre 2016, par Anne Doridou-Heim

Sous la présidence de Son Altesse l’Aga Khan IV, la fondation pour la sauvegarde et le développement de Chantilly œuvre au réveil de la belle au bois dormant du duc d’Aumale.

Charles-Henri Diriart
DR

Charles-Henri Diriart, directeur de la fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly, retrace pour La Gazette les onze premières années de l’institution. Sorti d’HEC et passé d’abord par le monde de l’entreprise, cet administrateur découvre celui de la culture lorsqu’il rejoint Culturespaces entre 2000 et 2005. Il y apprend la possibilité d’une gestion privée. Nommé à Chantilly en 2013, il revient dans ce secteur privilégié et ne cache pas son enthousiasme. Actée le 1er janvier 2006 à l’initiative de Son Altesse l’Aga Khan IV  Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, lui ayant confié la gestion de ce patrimoine , la fondation a une durée de vie de vingt ans. Sa mission est double : elle doit, tout en assurant la pérennité du domaine, le promouvoir dans le paysage culturel mondial. La corbeille de la mariée était belle avec 40 M€ déposés par le prince et 40 M€ qui se répartissent entre les dotations de l’État, de la région, du département et de l’Institut de France ; elle s’est depuis enrichie par les apports de mécènes privés. Le directeur, conscient que le domaine n’est ni le Louvre, ni Versailles, est néanmoins fier d’affirmer qu’« il tient la comparaison ».
Parlez-nous du duc d’Aumale, sans lequel Chantilly n’existerait plus ?
En matière d’art, le duc d’Aumale (1822-1897), cinquième fils de Louis-Philippe, est un prince à la mode de l’Ancien Régime. Collectionner des tableaux, c’est perdurer la tradition des Orléans, la branche cadette des Bourbon, longtemps privée du pouvoir mais toujours à la pointe du mécénat. Ne déclamait-il pas : «Une de nos plus belles prérogatives de prince et d’homme riche est de pouvoir encourager les arts.» Outre la reconstruction du Grand Château, détruit lors de la période révolutionnaire, passionné d’histoire et bibliophile averti, il réunit une impressionnante bibliothèque de livres rares et de manuscrits enluminés, dont les Très Riches Heures du duc de Berry constituent le firmament. Il fait travailler les meilleurs artistes pour la décoration intérieure et collectionne avec la même intelligence les tableaux anciens qu’il est impossible ici de présenter tant tous sont importants. Sans héritier direct, dans une République naissante qui le contraint à l’exil et n’offre guère de garantie quant à la pérennité de Chantilly, le duc fait le choix de léguer le domaine et ses collections à l’Institut de France.

 

La Galerie de peinture et son accrochage respectant l’esprit originel du XIXe siècle. © Sophie Lloyd
La Galerie de peinture et son accrochage respectant l’esprit originel du XIXe siècle.
© Sophie Lloyd

Pouvez-vous nous redéfinir les principaux enjeux de la fondation ?
La fondation a été créée en 2005. Il y avait alors nécessité absolue. Depuis la mort du duc d’Aumale en 1897, et l’ouverture au public du musée Condé un an plus tard, aucune campagne de restauration de grande ampleur n’avait été menée. Chantilly était comme une belle au bois dormant qui veillait sur les souvenirs de ses fastes lointains. Son Altesse l’Aga Kahn s’est engagée dans ce lieu atypique, la demeure d’un prince visionnaire du XIXe siècle. Il fallait la faire revivre dans son esprit originel, entrer dans son intimité et raconter son histoire. Un travail tout en délicatesse qui devait s’accomplir dans un devoir de fidélité.
Nous sommes à un peu plus de la moitié du mandat confié par l’Institut. Quelles sont les réalisations accomplies à ce jour ?
Elles sont nombreuses ! Sans citer la totalité des missions de patrimoine accomplies, je tiens à revenir sur les travaux importants menés dans le parc entre 2007 et 2012 avec la Grande Perspective Le Nôtre restaurée et le jardin de la Volière dernièrement ou encore le Jeu de paume transformé en lieu d’exposition. Dans le château, nous avons conduit, depuis 2005, la rénovation des grands appartements et celle de la galerie de peintures en 2015. Nous avons remis à neuf et dans leur intégrité, les deux verrières, les murs et les voussures et, en parallèle, géré une campagne de restauration des tableaux grâce à un mécénat privé. La galerie a rouvert en mars 2015 avec son accrochage originel qui lui rend son lustre initial tout en restant dans la cohérence et l’esprit du duc d’Aumale. Il convient tout de même de rappeler que Chantilly détient la deuxième collection de peintures anciennes après celle du Louvre et la deuxième de livres après celle de la BnF.

 

"il fallait faire revivre chantilly dans son esprit originel."

Quelques mots sur vos projets à court ou moyen terme ?
En 2017, nous allons procéder à la réfection des toitures des grandes écuries, un projet de grande ampleur  lui aussi , qui répond à notre volonté d’agrandissement du musée du cheval. Son Altesse a un lien affectif fort avec le site puisque ses écuries de course sont basées à côté de Chantilly depuis l’époque de son grand-père. C’est ainsi qu’elle avait déjà contribué à la sauvegarde de l’hippodrome dans les années 1990. Ouvert depuis juin 2013 et inscrit dans la même lignée, l’actuel musée du cheval préfigure le prochain grand établissement qui devra obligatoirement ouvrir ses portes avant 2025, date à laquelle la fondation s’effacera au bénéfice du propriétaire. Le printemps 2017 verra encore l’ouverture du cabinet d’art graphique dans le château Renaissance. Par roulements de trois mois, le fonds de gravures, dessins, photographies et documents sera présenté au public. Nous commencerons avec les dessins italiens du XVIe siècle.

Comment prévoyez-vous les thématiques des expositions temporaires ?
Le but des expositions d’automne est de mettre en valeur les collections du musée Condé et de les faire revivre dans le lieu qui les abrite en les révélant sous un autre angle. La saison précédente, nous avions mis François Ier à l’honneur et montré ainsi au plus grand nombre, le développement des arts et des lettres sous le règne de ce monarque. Jusqu’au 2 janvier prochain, nous accueillons le Grand Condé au Jeu de paume (voir Gazette no 36, p. 227-228). À partir de notre propre fonds et grâce à des prêts importants en provenance d’institutions muséales prestigieuses, nous avons pu monter une exposition d’envergure et complète, la première qui n’ait jamais été consacrée à ce grand prince. Il était temps !

 

Raphaël (1483-1520), Les Trois Grâces, vers 1504-1505. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly)/Harry Bréjat
Raphaël (1483-1520), Les Trois Grâces, vers 1504-1505.
© RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly)/Harry Bréjat

Après le patrimoine, vient le temps de l’événementiel…
La fondation souhaite promouvoir et valoriser la destination Chantilly et donc, en parallèle des projets patrimoniaux, nous menons une campagne de visibilité du domaine avec le développement de partenariats. La Journée des plantes en offre un bel exemple. Il s’agit du plus gros événement de ce type en Europe continentale  la Grande-Bretagne étant hors concours ! Cet automne pour la 4e édition, 25 000 visiteurs ont été accueillis avec l’achat d’un billet unique donnant accès à la totalité du domaine.La démarche est identique avec le concours «Art et Élégance», qui accueille depuis peu, la vente annuelle de voitures de collection de la maison Bonhams. Le public répond présent et, en quatre années, nous avons gagné plus de 100 000 visiteurs, passant de 350 000 entrées en 2009 à 450 000 en 2015. Ces évènements ont pour objectif d’apporter de la visibilité au Domaine de Chantilly et de contribuer à sa rentabilité, car nous devrons atteindre l’autofinacement avant 2025.
Comment allez-vous y parvenir ?
Il faut absolument développer l’activité du domaine mais aussi le mécénat privé afin de faire en sorte qu’en 2025, le domaine de Chantilly soit un outil pérenne. Dans cette idée, une société d’amis a été créée aux États-Unis, ainsi qu’un cercle d’entreprises mécènes. Nous recevons encore le soutien, pour des opérations ponctuelles, de partenaires privés, de l’association des Amis du musée Condé, de la fondation BNP Paribas, du World Monuments Fund… Le domaine de Chantilly est entré dans une nouvelle dynamique qui fonctionne tout en respectant la spécificité d’un lieu à taille humaine. Il faut continuer à travailler dans cet esprit et notre objectif sera atteint.

Le domaine de Chantilly
en 4 dates
1563
Achèvement du Petit Château, commandé par le connétable de Montmorency à l’architecte Jean Bullant.

1830
Henri d’Orléans, duc d’Aumale – tout juste âgé de 8 ans – devient le nouveau propriétaire du domaine après le décès accidentel de son parrain, le dernier des Condé.

1876-1886
Le duc fait édifier le Grand Château et fait placer la statue équestre du connétable réalisée par Paul Dubois sur la terrasse de Le Nôtre.

1884
Par testament, le duc lègue Chantilly et l’ensemble de ses collections à l’Institut de France. Legs qui deviendra effectif lors de son décès en 1897.


 

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne