Gazette Drouot logo print

La rareté honorée par Goya, Colombe et Cranach

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 29 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 75009

La collection d'un mystérieux amateur totalisait 10,6 M€, des enchères millionnaires étant prononcées pour Colombe, Goya et CRanach le jeune.

Michel Colombe (vers 1430- vers 1515), atelier de la Loire, Vierge à l’Enfant, vers... La rareté honorée par Goya, Colombe et Cranach
Michel Colombe (vers 1430- vers 1515), atelier de la Loire, Vierge à l’Enfant, vers 1500-1510, terre cuite, h. 102 cm.
Adjugé : 4 699 000 

Grâce à Colombe, Goya, Cranach et bien d’autres, cette collection était objet de toutes les attentions et de deux préemptions de haut niveau du Louvre. Avec 4 614 270 € le mardi 29, le ton était donné, suivis de 6 013 210 € le lendemain : voilà qui aboutissait à un succès de pas moins de 10 627 480 €. La Gazette s’était amplement fait écho de cette vente sur deux jours de la collection d’un esthète parisien qui avait choisi de garder l’anonymat. La couverture de la n° 38 était offerte au Cranach, un Événement était consacré au chef-d’œuvre Renaissance en terre cuite de Michel Colombe (voir l'article Un chef-d’œuvre Renaissance en terre cuite de Michel Colombe de la Gazette no 41, page 24), puis deux pages évoquaient l’ensemble en mettant en avant quelques-uns de ses fleurons (voir l'article Les fleurons d’une collection de la Gazette no 42, pages 84 et 85). Les dessins ouvraient la marche. Prélude au passage du lavis de sépia de Goya, un recueil (27,5 19,8 cm) de Jean-Michel Moreau, dit Moreau le Jeune (1741-1814), conçues pour illustrer La Pucelle d’Orléans de Voltaire, se feuilletait à 215 900 €. Le volume est resté dans son ancienne reliure en veau. Moreau l’avait fait établir afin d’illustrer entièrement le poème héroï-comique du philosophe, projet qu’il abandonna après avoir exécuté trente dessins aux sujets très variés, et souvent fort galants, pour les cinq premiers des dix-huit chapitres. Du Lorrain Alexis-Nicolas Pérignon (1726-1782), la gouache d’une Vue de la place de la Concorde (30 53 cm) retenait 42 875 € grâce à sa fraîcheur.

 

Chine, XVIIIe siècle. Grande vasque ronde en marbre blanc sculpté d’une frise de qilin, piédouche sculpté en fort relief provenant probabl
Chine, XVIIIe siècle. Grande vasque ronde en marbre blanc sculpté d’une frise de qilin, piédouche sculpté en fort relief provenant probablement d’une fontaine de même époque, vasque 33 109 cm, h. totale 99 cm.
Adjugé : 317 500 

Acquisition majeure
Les amateurs étaient prêts pour le peintre des «majas» et des «brujas». Le musée du Louvre aussi, que personne n’avait vu venir sur ce dessin double face montrant deux scènes, La femme demande des comptes au mari (reproduite page de droite) et La tante Chorriones attise le feu. La feuille rejoignait l’institution parisienne par le biais de la préemption, après une belle bataille d’enchères qui s’achevait à 1 905 000 €. Celle-ci provient d’un des albums personnels de l’artiste, le «B» dit de Madrid, exécuté entre 1796 et 1797. Goya l’avait conservé et son fils Javier en avait hérité à sa mort, puis l’objet passa entre les mains de son petit-fils, qui vendit l’ensemble de ces albums – 539 dessins réunis dans huit carnets – au peintre Federico de Madrazo y Kuntz (1815-1894). C’est ce dernier qui les mit en vente à Drouot sans se faire connaître en 1877. Il s’agit donc d’un dessin parfaitement documenté. De plus, le Louvre, dans son communiqué de presse, explique qu’il s’agit d’une acquisition majeure, montrant «la toute première illustration de la thématique des sorcières dans l’œuvre de Goya» et annonçant les nombreux sujets moralisateurs de ses «Caprices». Œuvre clé, l’album B était jusqu’alors représenté dans les collections par deux autres feuilles double face, l’une décrivant une scène de torture (Es día de su santo ) et un sujet de caricature, l’autre, la terrible image de la vieille femme découpée à la scie (Parten la vieja). L’institution s’enrichit donc d’une troisième page essentielle, qui plus est demeurée dans son état d’origine. Les tableaux anciens prenaient la suite. Vénus et l’amour voleur de miel (reproduit page de gauche), un panneau donné à Lucas Cranach le Jeune, ayant appartenu au prince Demidoff avant de se retrouver dans la vente de ses collections le 13 janvier 1863, retenait 1 397 000 €. Le sujet est allégorique et invite à la réflexion : le jeune Cupidon s’est emparé d’un rayon de miel et, au moment de le goûter, s’est fait piquer par l’aiguillon des abeilles. Ainsi en est-il de la volupté, laquelle dure peu et est souvent accompagnée de cuisantes douleurs… Pas de double lecture dans la peinture d’Alexandre François Desportes (1661-1743), mais une réalisation impeccable par celui qui est un véritable maître de la peinture animalière et des scènes cynégétiques. Son Trophée de chasse dans une niche (88 72 cm), portant sa signature et daté de 1706, était emporté à 114 300 €. Avant que le rideau ne se baisse sur ce premier après-midi, la Chine faisait une entrée remarquée, tout spécialement avec une grande vasque ronde en marbre blanc sur piédouche (reproduite page 128). Richement sculpté de frises de qilin courant alternant avec des nuées et des lingots, mais aussi de pétales de lotus, l’objet datant du XVIIIe siècle surprenait à 317 500 €.

 

Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya (1746-1828), La femme demande des comptes au mari (détail reproduit) et La tante
Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya (1746-1828), La femme demande des comptes au mari (détail reproduit) et La tante Chorriones attise le feu, dessin double face au lavis de sépia, titré à la plume, 23 14 cm.
Adjugé : 1 905 000 


L’œuvre d’un frémissement
Pas de répit le mercredi, l’exceptionnelle œuvre de Michel Colombe ouvrant les festivités. Une nouvelle fois, et c’était ici plus attendu et – évidemment – espéré, le Louvre se révélait présent et emportait cette Vierge à l’Enfant, nimbée de toutes les qualités, pour 4 699 000 €. Les spécialistes étaient unanimes à reconnaître cette Vierge comme un chef-d’œuvre de l’école française du début du XVIe siècle. La Renaissance s’apprête alors à éclore en France. Elle s’éveille dans les ateliers tourangeaux et justement dans celui du rare Michel Colombe, qui, avec cette figure de la mère du Christ, offre un nouveau code bien éloigné des anciennes figures en majesté, tout en délicatesse et douceur pour évoquer sa tendresse envers son enfant. Toute la quintessence de cette pièce unique, classée au titre des monument historiques depuis le 22 juillet 1976, était relatée dans l’article ci-dessus mentionné. Pour le Louvre, son acquisition était presque obligatoire et l’on ne peut que se réjouir de sa réussite. Les objets d’art qui l’entouraient offraient un cadre de qualité à sa beauté. Ainsi d’un cheval en bronze à patine brune (h. 32, l. 26 cm) d’après le modèle de Jean Bologne (1529-1608) et Pietro Tacca (1577-1640), qui se cabrait à 50 800 €, d’une portière (294 231 cm) de la manufacture des Gobelins dite «des Renommées» d’après Charles Le Brun (1619-1690), décrochée à 64 770 €, ou encore d’une boîte à jeu (5 18,5 14 cm) napolitaine du XVIIIe siècle en écaille piquée d’or, ouverte à 44 450 €. Reprenant les vers de Victor Hugo, les oiseaux d’une pendule cage (h. 46 cm) de la fin du XVIIIe siècle ou du début du XIXe élevaient leur chant en toute liberté : «Oiseaux, volez aux clochers, aux rochers, au précipice, à la cime, aux glaciers, aux lacs, aux prés, savourez la liberté de l’abîme !» 137 160 € venaient libérer cet automate attribué à la famille Jacquet-Droz.

 

Lucas Cranach le Jeune (1515-1586), Vénus et l’amour voleur de miel, huile sur panneau, 51 x 35 cm (détail).Adjugé : 1 397 000 €
Lucas Cranach le Jeune (1515-1586), Vénus et l’amour voleur de miel, huile sur panneau, 51 x 35 cm (détail).
Adjugé : 1 397 000 €
mardi 29 novembre 2022 - 14:00 (CET) - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 75009
Auction Art Rémy Le Fur & Associés
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne