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La fête sanglante d’un peintre vedette d’Équateur, Oswaldo Guayasamin

Publié le , par Philippe Dufour

Fasciné par l’histoire et coutumes de son pays natal, le peintre sud-américain Oswaldo Guayasamin saisit ici un célèbre combat animalier, symbole de la résistance indigène.

La fête sanglante d’un peintre vedette d’Équateur, Oswaldo Guayasamin
Oswaldo Guayasamín (1919-1999), Le Taureau et le condor, huile sur panneau signée en bas à droite, 76 56 cm (détail).
Estimation : 30 000 /50 000 

Le 29 juillet, un jour après que l’Équateur a célébré son indépendance, débute la traditionnelle Yawar Fiesta, ou «Fête du sang», dans les villages de la région andine d’Apurímac. Il s’agit d’une coutume qui aurait vu le jour à Cuzco à l’époque coloniale, avant de se répandre dans d’autres localités du pays quechua. Le clou de ces festivités est un combat sans merci entre un taureau et un condor. Il se doit de respecter un protocole bien précis : quelques jours avant l’événement, les montagnards capturent le rapace sacré, que le matin même de la fête on attache par les pattes sur le dos d’un taureau – qui n’aura de cesse de se débarrasser de son hôte lui lacérant la croupe. Jadis, le condor, excité par des toreros, parvenait à crever les yeux de sa monture, signifiant ainsi la fin du combat et sa victoire ; aujourd’hui, les valeureux combattants seraient délivrés avant cette extrémité… C’est ce moment d’une rare intensité dramatique que le célèbre peintre équatorien Oswaldo Guayasamín a choisi d’illustrer dans Le Taureau et le condor. Le thème ne pouvait que séduire cet artiste très attaché aux traditions de son pays et en même temps, témoin des violences qui l’ont ébranlé. La lecture de cette toile peut, elle aussi, s’effectuer à deux niveaux : la lutte des deux animaux «représente la dualité du monde andin, entre le monde céleste et le monde terrestre», comme l’a décrite l’anthropologue péruvien Juan Ossio Acuña. Mais on peut également y voir un symbole de la résistance indigène, représentée par le condor, à la domination espagnole, s’incarnant dans le taureau…

Un artiste engagé
Fils d’un père amérindien et d’une mère métisse, Oswaldo Guayasamín montre des talents précoces, puisque c’est à l’âge de 13 ans qu’il entre à l’École des beaux-arts de Quito, dont il devient vite le meilleur élément, et plus tard l’un de ses enseignants. Le jeune homme détonne dans le paysage artistique de son pays, dénonçant à travers sa peinture les inégalités d’une société qui rejette les minorités. Pourtant, Guayasamín deviendra un artiste très officiel, auquel seront confiés d’importants chantiers, telles des peintures murales de grand format au Palais du gouvernement et à l’Université centrale de la capitale équatorienne, faisant écho au travail des muralistes mexicains comme Rivera et Orozco. En 1995 voit même le jour, sur les hauteurs de la capitale, son projet monumental, musée et galerie d’art : la Capilla del Hombre (la «Chapelle de l’Homme»), déclarée «Projet prioritaire pour la culture» par l’Unesco. L’artiste
y brosse d’immenses fresques retraçant l’odyssée de l’homme latino-américain 
; l’une d’entre elles, d’ailleurs, reprend le thème du combat entre le taureau et le condor, dont il aura livré de multiples versions depuis les années 1950… Peintre de renommée internationale à la cote très soutenue, Guayasamín est rarement présent dans les ventes hexagonales : notre toile acquise directement de son auteur par le collectionneur Paul Poumaillou – et restée dans sa famille jusqu’à ce jour — devrait donc susciter une autre bataille, entre enchérisseurs celle-ci…

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