La condition féminine vue du Chili selon Laura Rodig Pizarro

Le 15 avril 2021, par Caroline Legrand

Presque inconnue en Europe, Laura Rodig Pizarro aborde dans cette composition la dureté de la vie des femmes dans son pays natal, le Chili. Une artiste engagée et attachante.

Laura Rodig Pizarro (1901-1972), Trois femmes assises dans un village désert, huile sur toile, 1926, 66 81 cm (détail).
Estimation : 10 000/15 000 

Trois femmes sont assises au premier plan de cette composition, tournées chacune dans une direction afin de les différencier tout en insistant sur leur globalité. Elles semblent pensives, comme résignées devant ce paysage aride. Une fontaine sans eau en arrière-plan fait écho à la dureté de leur existence, à la vie de labeur et de privation à laquelle elles sont confrontées. La figure féminine demeure le thème favori de Laura Rodig Pizarro, artiste engagée et avant-gardiste quasiment absente du marché européen mais qui laissa dans son pays le souvenir d’une femme de cœur et de conviction. Et de caractère ! Elle fut ainsi exclue de l’École des beaux-arts de Santiago pour avoir réalisé des caricatures de son professeur, Virginio Arias. Mais ses amis et les autres enseignants, voyant en elle un talent prometteur, obtinrent sa réintégration. Sa rencontre, en 1914, avec la poétesse Gabriela Mistral changea le cours de sa vie et l’emmena, en compagnie de celle-ci, sur les routes du Chili, puis du Mexique, à partir de 1922. Elles y passèrent deux années, durant lesquelles elles s’investirent aux côtés de l’écrivain et homme politique José Vasconcelos dans son combat pour l’éducation pour tous et la protection des minorités indigènes. Dès cette époque, les femmes occupent une grande place dans le travail de Laura Rodig Pizarro, à travers la création de sa série «Tipos Mexicanos», inspirée du muralisme mexicain, – mouvement mené notamment par Diego Riviera – dont les formes sommaires et colorées renouent avec l’art populaire. En 1924, elle part en Europe, où elle découvrira les mouvements d’avant-garde, passant par l’Espagne et l’Italie puis la France. À Paris, elle entre à l’académie André Lhote, où elle découvre le cubisme, qui marque durablement sa peinture par ses formes géométrisées. Son travail, tant de sculptrice que de peintre, impressionne. Elle devient la première artiste d’Amérique du Sud à entrer dans les collections du musée d’Art moderne de Madrid (actuel musée Reina Sofía) et participe à la première exposition d’artistes latino-américains à la galerie Zak, à Paris. Au Salon d’automne de 1928, elle présente son immense composition La Fontaine et ses femmes – actuellement conservée au musée des beaux-arts Palacio Quinta Vergara, au Chili –, qui s’apparente stylistiquement et thématiquement à notre toile, réalisée elle aussi à Paris, en 1926. Son style a désormais atteint sa maturité et le temps du retour est venu. Cette membre active du parti communiste, qui s’opposa à l’Espagne franquiste, poursuit ses combats au Chili à partir de 1930. Tout en luttant pour la cause du peuple mapuche et en s’engageant au sein du Secours rouge international, elle devient professeur, souhaitant initier les enfants de toutes origines à l’art. Elle est aussi une figure marquante du féminisme dans son pays, participant aux expositions de la Société artistique féminine et s’investissant au sein du Mouvement de l’émancipation des femmes chiliennes, militant en particulier en faveur du droit à l’avortement. Une œuvre et un combat qui font mouche encore aujourd’hui, que ce soit au Chili ou ailleurs. 

vendredi 23 avril 2021 - 14:00 - Live
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