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L’art de l’affiche au firmament

Publié le , par Christophe Provot
Vente le 23 mai 2022 - 14:00 (CEST) - 3, rue Favart - 75002 Paris

Plus de 350 affiches, issues de la seconde moitié du XIXe siècle et du tout début du XXe, revivaient leurs grandes heures, emmenées par Mucha, Villon, Klimt ou encore Toulouse-Lautrec.

Affectueusement surnommé «le petit bonhomme» par les cancaneuses du célèbre cabaret... L’art de l’affiche au firmament
Affectueusement surnommé «le petit bonhomme» par les cancaneuses du célèbre cabaret parisien, Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) recevait, à 166 400 €, la plus haute enchère pour sa première affiche, Moulin Rouge, la Goulue (171,5 124 cm). C’est en 1891 que Charles Zidler, directeur du lieu montmartrois, lui commande cette composition – qui fera connaître son nom au grand public – pour le lancement de la saison. Véritable œil du Moulin, Toulouse-Lautrec y capte l’ambiance débridée et représente deux grandes personnalités : Valentin le Désossé, célèbre danseur et contorsionniste, et la Goulue, reine du cancan et muse de l’artiste.

C’est peu dire que la vente fut un succès. Jugeons-en plutôt : en deux jours, elle totalisait 1 453 824 € ! Un véritable plébiscite pour le goût de Michel Romand (1929-2013), collectionneur averti dont la perfection était le maître mot. Il faut dire que l’affichomanie, en pleine traversée du désert dans les années 1950, lorsqu’il ouvre la galerie Documents au 53, rue de Seine à Paris, est une affaire de famille. Son arrière-grand-père, Edmond Sagot, avait lui-même dès 1890 ouvert sa propre enseigne et lancé la mode de la collection d’affiches. Il faut attendre les années 1960 pour qu’elle prenne un nouveau souffle, portée par la vogue de l’art nouveau. En 1975, Michel Romand acquiert la collection d’affiches de Charles-Joseph Guillemain, qui s’était en partie fourni chez… Edmond Sagot. La boucle est bouclée. Trésor de toute une vie de passion, l’ensemble, dispersé par la famille, offre un large panorama de cet art populaire auquel s’adonnèrent les plus grands. Consacrée aux affiches anciennes, la première partie de la vacation offrait de belles adjudications, avec en premier lieu Gustav Klimt. Choisie pour illustrer l’article annonçant la vente, en page 47 de la Gazette n° 20 (voir l'article Les affiches de la collection Michel Romand de la Gazette n° 20, page 47), celle vantant les mérites des cycles Gladiator, chromolithographie entoilée (100 x 137 cm) d’un anonyme de talent, s’envolait à 21 760 €. Très «muchaïsante», celle d’Henri Privat-Livemont (1861-1936) pour l’Absinthe Robette (113 83 cm), signée et datée 1896, séduisait à 13 440 €. L’affiche française avait l’exclusivité du second jour de la vacation. Outre Toulouse-Lautrec et Jacques Villon, qui recevaient deux enchères à six chiffres, on retiendra les 48 640 € obtenus par Manuel Orazi (1860-1934) pour La Maison moderne (81 116,5 cm), de 1900, et les 44 800 € concernant Le Progrès, le journal de Lyon (80 107 cm), très rare production de 1927 signée d’Adolphe Mouron, dit Cassandre (1901-1968).

 

53 760 € venaient saluer cette rarissime production (97 x 71 cm) de Gustav Klimt (1862-1918) pour la première exposition de la Sécession v
53 760 € venaient saluer cette rarissime production (97 71 cm) de Gustav Klimt (1862-1918) pour la première exposition de la Sécession viennoise en 1898. À l’inverse de la plupart de ses confrères d’Autriche et d’Allemagne, celui-ci ne s’est pas engagé dans la gravure mais a débuté comme illustrateur de livres et de magazines. Le combat opposant Thésée au Minotaure et la figure guerrière de Pallas Athéna illustrent la lutte des acteurs de ce courant naissant contre l’académisme. La censure obligea d’ailleurs l’artiste à masquer le sexe du héros, chose faite avec des troncs d’arbre.
Œuvre parmi les plus connues d’Alfons Mucha (1860-1939), son affiche de 1896 pour Lorenzaccio (207 x 77 cm) d’Alfred de Musset, pièce en c
Œuvre parmi les plus connues d’Alfons Mucha (1860-1939), son affiche de 1896 pour Lorenzaccio (207 77 cm) d’Alfred de Musset, pièce en cinq actes, incarne la quintessence de l’art nouveau. La grande Sarah Bernhardt, interprète du rôle-titre, y figure grandeur nature, dans son costume de prince de la Renaissance. Cette épreuve de passe en deux couleurs est le premier exemplaire retrouvé attestant de tirages intermédiaires, à cent exemplaires, signés de la main de Mucha et destinés aux collectionneurs. Portant le numéro 33, cette pièce rare ne pouvait qu’être préemptée par la BnF, qui l’a emportée pour 7 680 €.








 

Manuel Orazi (1860-1934), La Maison moderne, 1900, chromolithographie entoilée, imprimerie J. Minot, 81 x 116,5 cm. Adjugé : 48 640 € 
Manuel Orazi (1860-1934), La Maison moderne, 1900, chromolithographie entoilée, imprimerie J. Minot, 81 x 116,5 cm.
Adjugé : 48 640 € 
Jacques Villon, de son vrai nom Gaston Duchamp (1875-1963) – il est le frère aîné de Marcel Duchamp –, est plus connu comme peintre qu’aut
Jacques Villon, de son vrai nom Gaston Duchamp (1875-1963) – il est le frère aîné de Marcel Duchamp –, est plus connu comme peintre qu’auteur d’affiches. Celle vantant Le Grillon, american bar et concert (131,5 94 cm), de 1899, s’offrait ici 125 440 €. Sis au 20, rue de Cujas, le Grillon était un bar américain, très en vogue dans les années 1890, qui résista à l’essor de Montmartre au début du XXe siècle. Villon incorpore dans cette œuvre des figures de l’époque. L’homme en arrière-plan accoudé au piano serait Dominique Bonnaud, chansonnier découvert au cabaret du Chat Noir, tandis que le consommateur au premier-plan est son ami Jean-Pierre Levée, habitué du rendez-vous bohème qu’était l’atelier de Villon. À ses pieds, en clin d’œil au nom du bar, l’artiste représente l’insecte tenant une chope de bière.
lundi 23 mai 2022 - 14:00 (CEST) - Live
3, rue Favart - 75002 Paris
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