Jours tranquilles à Maastricht

Le 17 mars 2017, par Vincent Noce
 

La Tefaf, rendez-vous mondial des antiquaires à Maastricht, s’est ouverte, jeudi 9 mars, aux privilégiés (dix mille, quand même) dans une atmosphère quelque peu fébrile. Le matin même, le New York Times avait dévoilé la décision de Christie’s de se séparer de deux cent cinquante personnes, soit 12 % de ses employés. Avec 4,8 milliards de livres l’année dernière, les ventes ont reculé de 16 % (de 27 %, calculées en dollars, pour Sotheby’s). Les postes à supprimer ne semblent pas encore arrêtés, mais tous les bureaux en Europe sont dans le collimateur. La maison parie sur l’Asie, qui représente 30 % de ses ventes, et l’Amérique, qui garde la plus grosse part, à 40 %. La désaffection des collectionneurs joue en défaveur des départements comme le livre, le mobilier et les objets d’art. La compagnie de François Pinault va fermer la salle de South Kensington, qui disperse les objets de moindre importance, ayant réalisé l’année dernière la moitié des vacations habituelles. Il est néanmoins attristant de voir disparaître cet endroit bien sympathique, qui était devenu une institution dans la cité depuis son ouverture en 1975. Christie’s entend réorienter ce marché vers les ventes en ligne, en net progrès, même si elles demeurent encore très marginales.

Il semble bien que le niveau des ventes privées soit resté depuis plusieurs années cantonné entre 10 et 15 %.

Le rapport annuel présenté à la Tefaf sur le marché mondial a accentué la confusion puisqu’il affirme que ces baisses seraient largement compensées par une hausse spectaculaire des ventes privées, en particulier en Europe. Il assure que le revenu des marchands a augmenté de plus de 20 %. Même s’il semble bien que ce segment ait connu une amélioration, ces estimations semblent à prendre avec prudence. Le rapport lui-même souligne que ce secteur est gouverné par «l’opacité financière». Filant la métaphore, il voit quand même souffler «un vent de tempête sur le monde de l’art», en proclamant que les grandes compagnies ont «radicalement changé de stratégie en misant sur les ventes privées au détriment des ventes publiques». Il n’en a pas fallu plus pour que certains galeristes y voient en effet pointer une nouvelle tourmente à l’horizon. Les réactions sont très partagées. «Les grandes maisons vont tuer le métier», dit l’un quand d’autres voient «très peu de changement». Beaucoup vivent depuis des années en flux tendu, contestant «le mélange des genres» auquel se prêteraient les multinationales, «sans offrir les mêmes garanties». En réalité, renseignements pris chez Christie’s comme chez Sotheby’s, il semble bien que le niveau des ventes privées soit resté depuis plusieurs années cantonné entre 10 et 15 %, même si les maisons poussent en ce sens, et qu’il peut remonter dès lors que les ventes aux enchères apparaissent plus décevantes. Le soir venu, dans une foire de très bonne qualité, bien meilleure que ces dernières années, les points rouges s’étaient multipliés sur les stands. Plusieurs exposants confiaient avoir bien vendu, et tout le monde est allé dîner dans la vieille ville ou dans les châteaux alentour, avec un air de soulagement.


Les propos publiés dans cette page  n’engagent que leur auteur.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne