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Jean Marc Nattier, un peintre qui joue la carte de la séduction

Publié le , par Sophie Reyssat
Vente le 11 mars 2022 - 14:30 (CET) - Salle 4 - Hôtel Drouot - 75009

Un air de réalisme et une note de mythologie, telle est la partition réussie de Jean-Marc Nattier, peintre du XVIIIe siècle spécialisé dans les portraits de femmes.

Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait présumé de Philippine Élisabeth Charlotte... Jean Marc Nattier, un peintre qui joue la carte de la séduction
Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait présumé de Philippine Élisabeth Charlotte d’Orléans, dite Mademoiselle de Beaujolais (1714-1734), toile, 113 145,6 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €. Adjugé 195 000 €

Le XVIIIe siècle est l’âge d’or du portrait : à côté de ceux d’apparat des grands du royaume s’en développent d’autres, à l’image de cette toile de Jean Marc Nattier, plus intimes et sensibles. Les symboles restent cependant de mise. Empruntées au blason du royaume de France, les fleurs de lys brodées au fil d’or sur le fond d’azur d’un oreiller, posé à l’extrémité de la banquette, désignent ainsi la noble naissance de la musicienne. Il pourrait s’agir de Philippine Élisabeth Charlotte d’Orléans, dite Mademoiselle de Beaujolais, fille du régent Philippe d’Orléans et donc petite-fille du Roi-Soleil (voir l'article Nattier et les petites-filles de Madame de Montespan page 12). La musique tenant une grande place à la cour depuis son règne, et les membres de sa famille pratiquant eux-mêmes divers instruments, parfois brillamment, il n'est pas étonnant de la voir représentée avec une guitare. Protecteur des arts, son père a d’ailleurs composé plusieurs œuvres éclectiques, dont deux opéras qui ont été conservés. D’autres tableaux de Jean-Marc Nattier témoignent de ce penchant mélomane, comme le Portrait de Madame Henriette de France, jouant de la basse de viole (1727-1752), commandé en 1748 et achevé en 1754, conservé au château de Versailles. Sous Louis XV, la musique est devenue une affaire de femmes : Marie Leszczynska, qui a instauré les Concerts de la reine dès le lendemain de son mariage – il y en aura 1 800 donnés entre 1725 et 1762 –, a donné l’exemple à Mesdames, ses filles, et au Dauphin, dont les appartements résonnent de notes mélodieuses. Un Éros musicien — dont l’image a connu un formidable développement à l’époque hellénistique et fut abondamment reprise dès la Renaissance – tient ici la partition. En le conviant dans sa toile, Nattier érige son modèle en muse. L’artiste a eu un grand succès avec ses portraits mythologiques, représentant les femmes de la haute société en Flore, Hébé ou Diane, au grand dam des moralistes. Belle sans artifice, la demoiselle qu’il représente ici se tient sur une terrasse, dos à un paysage arboré et la tête se détachant sur le ciel. Les tons neutres de l’arrière-plan renforcent l’impression de calme et d’intimité de la scène. Le peintre se concentre sur le visage du sujet, dont la robe, d’une élégante simplicité, n’est rehaussée d’aucun bijou. Rien ne vient distraite l’attention de cette jolie tête, illuminée par la tendre carnation du décolleté. Il lui donne un regard rêveur, dont se fait l’écho un délicat sourire tout en introspection. Une grande douceur émane ainsi de ce portrait plein de poésie.

vendredi 11 mars 2022 - 14:30 (CET) - Live
Salle 4 - Hôtel Drouot - 75009
Daguerre
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