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Rencontre entre une princesse et un magot

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 11 mars 2022 - 14:30 (CET) - Salle 4 - Hôtel Drouot - 75009

Peinte par Nattier et désirable, la jeune dame rejoint les collections du château de Versailles sous le regard goguenard d’un magot en porcelaine de Chantilly.

Manufacture de Chantilly, vers 1735-1740. Magot barbu en porcelaine tendre à émail... Rencontre entre une princesse et un magot
Manufacture de Chantilly, vers 1735-1740. Magot barbu en porcelaine tendre à émail stannifère représentant Shou Lao assis sur un rocher formant pot-pourri, h. 23, l. 24,5 cm.
Adjugé : 338 000 €

Voilà une histoire qui se termine bien… Ce Portrait présumé de Philippine Élisabeth Charlotte d’Orléans, dite Mademoiselle de Beaujolais (1714-1734), flatteur en couverture de la Gazette n° 7 et dont l’histoire était contée en page 12 (voir l'article Nattier et les petites-filles de Madame de Montespan de la Gazette n°7, page 12), gagne par le biais de la préemption et pour 195 000 € le château de Versailles. Peinte par Jean-Marc Nattier, cette noble figure rejoint celle de Madame Henriette de France (1727-1752) jouant de la basse de viole du même artiste, deux princesses au sang bleu au meilleur de leur charme. Toujours dans le domaine royal, un bureau à cylindre en acajou (126 124 67 cm) estampillé d’un Allemand ayant travaillé pour la cour de France, David Roentgen (1743-1807), inscrit dans l’inventaire après décès en 1824 de Pierre Charles Bonnefoy du Plan – concierge du Petit Trianon et garde-meuble de Marie-Antoinette –, était déposé à 150 800 €. Après Versailles, c’était au tour de la municipalité havraise d’emporter, pour le déposer au musée d’art moderne André-Malraux (MuMa) moyennant 26 000 €, une gouache figurant Le Havre, vue de l’entrée du port (62 95 cm) d’Alexandre Jean Noël (1752-1834). La raison en est évidente : les témoignages sur la topographie du site à la fin du XVIIIe siècle ne sont pas si nombreux, celui-ci montrant en tout arrière-plan la tour dressée sur ordre de François Ier et détruite en 1861 pour agrandir l’entrée du port.
 

Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait présumé de Philippine Élisabeth Charlotte d’Orléans,dite Mademoiselle de Beaujolais (1714-1734), h
Jean-Marc Nattier (1685-1766), Portrait présumé de Philippine Élisabeth Charlotte d’Orléans,
dite Mademoiselle de Beaujolais (1714-1734)
, huile sur toile, 113 145,6 cm.
Adjugé : 195 000 

Mais la vraie surprise de l’après-midi, c’était lui, ce magot barbu (voir ci-dessus). Réalisée à Chantilly vers 1735-1740 par une manufacture alors au top de sa production de porcelaine tendre, la figure goguenarde de Shou Lao, assis sur un rocher, décidait d’un résultat pour le moins spectaculaire de 338 000 €. Cela constituerait un record pour une porcelaine de cette maison fondée quelques années plus tôt sur les terres du duc Louis-Henri de Bourbon-Condé — par ailleurs collectionneur d’arts d’Extrême-Orient. Ses artisans, comme ceux de Saint-Cloud ou de Mennecy, ignoraient les composants utilisés en Chine et, par là même, la présence du kaolin. C’est ainsi qu’est née la porcelaine tendre, dont les procédés de fabrication furent jalousement gardés. Dans cette course de rivalité, Chantilly obtint en 1735 un privilège royal et produisit des pièces d’une grande beauté, dont ce barbu à la tunique ornée en polychromie de branchages fleuris, dans le style Kakiemon, est une parfaite illustration.

vendredi 11 mars 2022 - 14:30 (CET) - Live
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