Gustave Caillebotte en son jardin

Le 02 mai 2019, par Anne Foster

À partir de 1881, Caillebotte crée un jardin dans sa propriété du Petit-Gennevilliers ; marguerites, capucines et tournesols deviennent des sujets de tableaux.

Gustave Caillebotte (1848-1894), Massif de jacinthes, jardin du Petit-Gennevilliers, huile sur toile, 63 73 cm.
Estimation : 400 000/600 000 

Les jacinthes parfument l’air, groupées en corbeilles où se mêlent harmonieusement les bleus violacés, les bleus de Delft, les roses et les blancs. Ces massifs posés sur du gazon étaient un ornement familier pour Caillebotte, qui passait ses vacances dans la propriété familiale à Yerres. Celles-ci, peintes par lui, furent vendues par son frère Martial à Ambroise Vollard.
Au XIX
e siècle, il est courant pour la bourgeoisie fortunée d’aménager des jardins autour des maisons. Verger, potager, plates-bandes, serres et roseraies ornent des terrains voisins de la demeure pour profiter du spectacle changeant des saisons et des bienfaits de la nature. L’artiste a rejoint dès les débuts le groupe des impressionnistes et brosse alors un Paris haussmannien ; mais aussi des canotiers sur l’Yerres, et des vues du parc familial. En juin 1879, cette propriété est vendue. Peu après, Gustave et Martial achètent un terrain plus modeste au Petit-Gennevilliers, face à Argenteuil, que le peintre connaissait grâce à Manet, qui y possédait une maison où il recevait Monet et Renoir. Gustave peut alors créer son jardin, dessinant les plans et les perspectives, faisant venir de la terre horticole. Martial se mariant en 1887, il lui rachète sa part et acquiert des parcelles environnantes, construisant l’année suivante des serres pour abriter ses orchidées et fleurs rares, ainsi qu’un atelier. Pendant cette période, méconnue jusqu’à l’exposition «Caillebotte, peintre et jardinier» au musée des Impressionnismes à Giverny, en 2016, il réalise quelque cinq cents tableaux, pour la plupart de son jardin, des paysages voisins, des berges de la Seine jouxtant son terrain. «Caillebotte a élaboré complètement son jardin, précise Marina Ferretti, commissaire de l’exposition. Il met lui-même les mains dans la terre, comme Monet d’ailleurs. Ils sont très fiers de leurs jardins, ils se considèrent comme des jardiniers, s’écrivent beaucoup à cette époque-là et, dans leurs lettres, parlent essentiellement de serres, d’arrosage automatique, de bulbes et d’expositions horticoles» ; et des meilleures semences, jeunes plants à planter. Au printemps se succédent jacinthes, pivoines et iris ; les roses annoncent l’été et son cortège de capucines, pavots et soleils, tandis que les chrysanthèmes illuminent les parterres à l’automne. Ce jardin exubérant de fleurs réunies en grands massifs, que Caillebotte peint presque en gros plan, à l’instar de Monet et ses nymphéas, a disparu, englouti par l’industrialisation de cette région. 

mercredi 19 juin 2019 - 14:30 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Auction Art Rémy Le Fur & Associés
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne