Dunand, les laques sous influence

Le 06 octobre 2017, par Philippe Dufour

Icône de l’esprit des arts décoratifs des années 1925-1930, Jean Dunand a laissé une œuvre variée. Ses panneaux et paravents en laque et coquille d’œuf, aux influences notamment japonisantes, sont parmi les plus recherchés.

Jean Dunand (1877-1942), Bretagne, 1926, paravent quatre feuilles en laque bleu cobalt et coquille d’œuf dans sa partie haute. Dimensions par feuille : 155 x 49,5 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €

Ce paravent est particulièrement dépouillé : une colline où paissent des moutons, le toit d’une chaumière aux toits d’ardoise et aux murs de granit, dominant une mer calme traitée en bleu cobalt. Des bateaux sont au mouillage, l’un d’entre eux déjà sous voiles d’un beau rouge. Autour de celui-ci, baptisé Margot, du prénom de l’épouse de Jean Dunand, chaque voilier porte celui d’un de ses enfants : Bernard, né en 1908, Louise-Amélie dite Alix (1912), Pierre dit Pierrot (1914), les jumeaux Jean-Louis et Suzanne dite Zouzou (1918) et le benjamin Robert (1921). Très proche de conception et de palette d’un paravent à six feuilles que le laqueur réalisa en 1925, Saint-Gildas, on peut penser que l’artiste passait des vacances familiales dans le golfe du Morbihan, à ou près de Saint-Gildas. Celui-ci est plus intime, avec sa vue rapprochée sur les bateaux au prénom des enfants. Ce sont des années fastes pour Dunand. Sculpteur de formation  il était inscrit à l’école des beaux-arts de Genève où il noua une amitié indéfectible avec François-Louis Schmied, parrain de son aîné , il entre dans l’atelier de Jean Dampt à l’école des Arts décoratifs à Paris. Lors des visites à ses parents en Suisse, il s’initie à la dinanderie. Jean Dunand est fin prêt pour œuvrer sur les décors de grandes demeures et produire des objets en cuivre martelé. Au début de l’année 1912, il fait une rencontre décisive, celle du maître laqueur japonais Seizo Sugawara, qui accepte de lui révéler les antiques secrets des procédés du laque oriental. À la déclaration de guerre en 1914, il se porte volontaire comme ambulancier pour la Croix-Rouge. La fondation Blumenthal, œuvre américaine destinée à soutenir l’art français après les sévices de la guerre, le nomme membre du jury. Il bénéficie, peu après, de sa première exposition à New York, et est adopté par une clientèle américaine qui lui restera fidèle. Dunand peut reprendre ses travaux de laque, exposant à partir de 1921 avec ses amis Schmied, Jean Goulden et Paul Jouve. Ce fut un succès, le trio organisant une exposition annuelle à la galerie Georges Petit. Ce paravent évoque le soleil du golfe du Morbihan, ses eaux d’un bleu pur, quand elles ne sont pas d’un vert limpide ; toute la largeur du haut est occupée par des rayons d’un soleil traité en laque et coquille d’œuf. Il figura dans l’exposition de 1926, sous le n° 16, sous le titre Bretagne, les prénoms inscrits en petit pour rester confidentiels ; seuls Jean Dunand et ses descendants en conservent la mémoire.

mercredi 20 décembre 2017 - 14:30 - Live
Salle 5 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne