Disparition d’une collection consacrée à la Chine révolutionnaire

Le 26 novembre 2020, par Vincent Noce

Avis aux marchands, aux experts et aux amateurs: une importante collection de timbres et témoignages de la Chine moderne a disparu dans un cambriolage à Hong Kong. 

Lettre de Mao vendue 570 000 € en 2019 à Londres, seul exemplaire de ses courriers jamais passé sur le marché international.

Le territoire de Hong Kong, souligne le blog ARCA consacré à la criminalité dans le domaine de l’art, connaît une vague de cambriolages dans les maisons laissées vacantes par la pandémie de Covid-19 — qui suit des mois d’agitation : 1 156 effractions ont été recensées au premier semestre, contre 786 pour toute l’année dernière. En l’occurrence, Fu Chunxiao, vice-président de l’association de conservation des reliques chinoises, était retenu sur le continent quand son appartement de Kowloon a été cambriolé. Il a été brièvement hospitalisé après avoir appris la nouvelle. Le larcin, dont l’importance a été révélée tardivement, est apparemment un vol d’opportunité. Le trio de cambrioleurs a dévalisé les lieux. Il a fallu que la fille du collectionneur vienne procéder à un inventaire. Fu Chunxiao a constitué une collection centrée sur la Chine rouge, dont les souvenirs sont cotés sur le marché ; deux cents de ses timbres avaient été exposés à Hong Kong en 2018. Les voleurs en auraient emporté 24 000, plus dix monnaies archaïques de bronze et de trente à cinquante œuvres, dont des peintures réalistes socialistes et six rouleaux de calligraphie attribués à Mao. Le tout serait estimé, généreusement, de 450 à 550 M€.
Des poèmes écrits par Mao
Une des pièces les plus rares est un timbre-poste du 24 novembre 1968, intitulé « Tout le pays est rouge », dont seulement neuf exemplaires auraient survécu. Leur valeur moyenne est de quelques dizaines de milliers d’euros, mais l’un d’eux, en format double, a été adjugé en 2018 pas moins de 1,7 M€ chez China Guardian, ce qui en fait le timbre le plus cher vendu dans le pays. Il montre le vaillant trio d'un ouvrier, un paysan et un soldat emmenant la foule en brandissant le petit livre rouge, sur fond d’une Chine colorée de rouge. Mais on voit bien que Taïwan a été laissée en blanc. Rapporté aux autorités, cet affront a entraîné en quelques heures le retrait et la destruction de tous les exemplaires, sous le prétexte que les frontières étaient mal dessinées. Le 22 septembre dernier, un homme ayant acquis certains des lots dérobés s’est livré à la police. Il détenait notamment un rouleau de deux mètres de long de poèmes écrits par Mao, qu’il avait coupé en deux. Arthur Waley, grand connaisseur et traducteur de la littérature chinoise, disait de cette poésie en style classique qu’elle n’était «peut-être pas aussi mauvaise que la peinture d’Hitler, mais sûrement pas aussi bonne que celle de Churchill ». Cette seule pièce est estimée à 250 M$ – valeur sujette à caution, d’autant qu’il n’existe pratiquement pas d’élément de comparaison de manuscrits du dictateur. En 2017, Sotheby’s Londres a vendu pour 770 000 € des notations de Mao sur la littérature, écrites avec difficulté un an avant sa mort, et, en  2019, pour 570 000 € un courrier envoyé au début des années 1940 à un journaliste. Le 4 octobre, deux suspects ont été interpellés, mais le reste du butin n’a pas été retrouvé.

à savoir
L’Association for Research into Crimes against Art (ARCA) publie semestriellement depuis 2009 un Journal of Crime Art, en langue anglaise.
www.artcrimeresearch.org
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