Delanois, une gloire de la menuiserie

Le 19 juillet 2018, par Anne Foster

Fils d’un laboureur du Beauvaisis, orphelin de père et de mère, confié à un oncle marchand fruitier à Paris, Louis Delanois devient l’un des meilleurs et des plus inventifs créateurs de sièges dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Louis Delanois (1731-1792), deux fauteuils à châssis en bois doré, à décor de guirlandes de laurier et cartouches, h. 102 et 103 cm, l. 74 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €

Le siège est chose sérieuse, tant pour le menuisier que pour la personne qui en a l’usage, quotidien ou de cérémonie. Il se doit d’être confortable et cependant somptueux grâce à l’agencement de formes nouvelles, par l’abondance et l’inventivité de sa sculpture sur des champs très réduits : ceinture, dossier, accotoirs et pieds. Ces deux fauteuils sont pour le moins accueillants. Le dossier est légèrement incliné pour mieux soutenir le dos, l’assise s’évase en arc sur le devant pour assurer le confort des cuisses, les accotoirs légèrement en retrait permettent une meilleure disposition des larges jupes ou des basques. Un même soin a été apporté à la garniture, bombée pour apporter du moelleux à la position assise. Nombre de tableaux nous montrent cette société raffinée, richement parée, occupée aux plaisirs de la conversation, les protagonistes installés à leur aise dans des fauteuils, des canapés et des chaises au modèle. Ces assises ont certainement fait partie d’un ensemble plus important. Un exemplaire similaire est conservé au Metropolitan Museum, trois autres ayant figuré dans les collections de Gabrielle Chanel et de l’antiquaire André Carlhian. L’un des deux fauteuils porte une étiquette de la maison Chenue indiquant cette dernière provenance, apposée pour l’exposition de Copenhague sur l’art français en 1935. L’autre est estampillé Delanois, l’un des meilleurs et des plus inventifs menuisiers de la seconde moitié du XVIIIe siècle. D’origine modeste, en 1747, il était entré en apprentissage chez Jean Sené, patriarche de la dynastie de fabricants de sièges. Sa vie exceptionnelle, comme nous l’apprend Louis Delanois, menuisier en sièges parisien, mémoire pour DEA en histoire de l’art (Paris-IV, 2002-2003) de Caroline Legrand approfondissant l’ouvrage de Svend Eriksen publié en 1968 , aurait pu inspirer Balzac. Ambitieux, il se lance dans des opérations immobilières, non seulement pour se loger et abriter ses ateliers et magasins, mais aussi afin de toucher des loyers pour couvrir ses dettes. Il doit sa renommée à la virtuosité de ses sièges, qui font encore le bonheur des collectionneurs. Delanois est l’un de ceux qui ont annoncé le néoclassicisme à l’honneur sous Louis XVI, en plein règne de Louis XV. Il suffit d’évoquer l’ameublement qu’il a créé pour Madame du Barry en 1769, le dossier et la ceinture entièrement sculptés de guirlandes de fleurs, les pieds droits, à cannelures torses. Le menuisier a choisi pour ces fauteuils présentés lors de la vente des objets dépendant de la succession Malatier, en octobre prochain, des formes d’un rocaille assagi et des ornements inspirés de l’antique comme les feuilles de laurier.
 

mercredi 10 octobre 2018 - 01:30
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SGL Enchères - Frédéric Laurent de Rummel et Peggy Savidan
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