Comme une famille pour Degas

Le 27 juin 2019, par Anne Foster

Amis de longue date d’Edgar Degas, Louise et Ludovic Halévy deviennent, l’âge venant, une nouvelle famille pour l’artiste, jusqu’à l’affaire Dreyfus, qui distendra les liens sans les rompre.

Edgar Degas (1834-1917), Louise Halévy faisant la lecture à Edgar Degas, Paris, début octobre 1895, 7,9 9,3 cm. Faisant partie des albums Halévy (environ 1 370 photographies montées dans six albums par Ludovic Halévy et sa famille, années 1860-vers 1914).
Estimation de l’ensemble, classé trésor national : 400 000/500 000 

Cette vue de deux personnes autour d’une lampe est presque une icône de la sérénité familiale. L’image est forte, très contrastée dans ses jeux d’ombre et de quelques forts éclats de lumière. La lampe à pétrole n’éclaire pas la scène, un moment paisible réunissant Louise Halévy (1847-1930) et Edgar Degas (1834-1917) au domicile de la première. Ils se connaissent depuis toujours : les sœurs de l’artiste, Thérèse et Marguerite en particulier, s’étaient liées d’amitié avec Louise Breguet. Lorsqu’elle épouse Ludovic Halévy, en 1868, cette relation se trouve même renforcée. Le peintre partage avec son époux une passion pour l’opéra, le ballet, la musique en général. Il devient un hôte régulier du jeudi soir, est invité à partir de 1893 au château de Haute-Maison, à Sucy-en-Brie, où la photographie joue un rôle important une «passionnette», selon Ludovic. Deux ans plus tard, nous sommes à l’apogée de l’art photographique chez Degas. Une année très particulière pour lui : en octobre, sa chère sœur Marguerite meurt à Buenos Aires, où elle était installée avec son mari et ses enfants depuis six ans. Il lui écrivait souvent, en particulier le dernier été, où il lui avait fait envoyer «un appareil de photographie faisant à la fois la pose et l’instantané, avec accessoires et produits», pour recevoir le plus souvent «un moyen infaillible d’avoir quelque chose». Daniel Halévy note dans son Journal à la date du 4 novembre : «Depuis cet automne, il passe pas mal de soirées chez nous, à faire de la photographie.» De cette époque date cette prise de vue, de même que des portraits de Louise. Ici, elle semble lui lire le journal, tandis qu’il a les yeux baissés. Il fit réaliser divers tirages avec des cadrages et des contrastes différents. Il savait que l’amie d’enfance de sa sœur partageait sa douleur. «Marguerite est morte», leur annonce-t-il d’une voix altérée. «Depuis la fatale lettre noire, toute sa vie, sa grâce d’enfant, de jeune fille, cette allure de mère, sa voix, sa mise, je ne pensais qu’à ça, pour tâcher de me la remettre devant les yeux.» Sœur par procuration, Louise essaie de l’entourer le plus longtemps possible. Les tensions dues à l’affaire Dreyfus auront raison de cette complicité. Le 23 décembre 1897, il lui écrit : «Jeudi, il va falloir, ma chère Louise, me donner congé ce soir, et j’aime mieux vous dire de suite que je vous le demande aussi pour quelque temps […] Il y a de bons moments à se rappeler. Notre affection, qui date de votre enfance, si je laissais tirer plus longtemps dessus, elle casserait. Votre vieil ami». Fidèle, Louise assistera, avec Daniel, aux obsèques de Degas.

mercredi 10 juillet 2019 - 14:30 - Live
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Beaussant Lefèvre
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